LE MATINAL
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Université d’Abomey-Calavi : Les vraies raisons des résultats catastrophiques à la Fadesp

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(Le doyen met fin à la polémique)

Depuis quelques jours,  les autorités décanales de la Faculté de droit et des sciences politiques de l’Université  d’Abomey-Calavi font l’objet de critiques suite à un écrit publié sur les réseaux par l’enseignant à la retraite, Philippe Noudjènoumè. Sur les allégations portées par cet écrit, le Doyen de la Faculté, le Prof  Roch Gnahoui David, au détour d’une interview, donne les vraies raisons et met fin aux polémique. 

Le Matinal : Qu’est-ce qui explique  le faible taux  d’admissibilité  en licence 3 Droit privé à la Fadesp cette année ?

Professeur  Roch Gnahoui David : Il faut avouer que cela ne doit pas du tout inquiéter  les gens. Parce que, le faible taux  d’admissibilité aux examens a toujours existé. A un moment donné, les conditions dans lesquelles on travaille ont été difficiles. On a la Covid-19 qui a joué fortement.  Dans les amphis, il faut respecter la distanciation. On a été obligé de diviser les groupes en deux, trois ou quatre. Les enseignants  étaient obligés  de faire le  même cours, deux  ou trois fois. Ce qui fait qu’ au lieu d’une semaine, on fractionne sur deux temps. Trois jours pour le premier groupe et trois jours pour le deuxième groupe, et on reprend encore la même chose, la semaine suivante. Dans ces conditions, c’est difficile. Les conditions de travail ne sont pas idoines par rapport à ce que nous avons observé dans le passé. Il est également évident que, par rapport à cette pandémie, les étudiants ont profité et ne veulent plus faire aucun effort. On sent que juste après avoir écouté l’enseignant sur deux heures, ça suffit. Alors que dans le système Lmd, il y a le temps personnel de l’étudiant qui doit être mis à profit pour au moins valoriser les connaissances données dans les amphis.  Il y a également les difficultés qu’il faut relever au niveau des enseignants qui sont obligés de répéter la même chose et qui ont en face d’eux, des étudiants qui sont plus ou moins en  nombre important. Quand on combine cet ensemble, il est évident que ce n’est pas certain qu’on ait un résultat à 100%. Ça n’existe d’ailleurs pas, un résultat à 100% à l’Université.

Est-ce que c’est la responsabilité des  étudiants ou des  enseignants ?

La responsabilité doit être située à trois niveaux. D’abord, ce sont  les étudiants. On  n’y peut rien parce que ce sont eux qui vont être évalués. S’ils ne connaissent rien, on n’y peut rien. Ensuite, on peut dire qu’au niveau des enseignants, il y a peut-être une adaptation à faire. Ce qui n’a pas été efficace parce que les examens dans ces conditions Covid ne peuvent plus être les évaluations ou les examens qu’on observait hier. Il faut adapter les sujets et  le temps d’évaluation des étudiants. Certains enseignants ne sont pas rentrés directement dans le système. On ne va pas dire que l’enseignant n’a pas  bien dispensé son cours parce que chaque enseignant a un certain minimum de capacité, de professionnalisme.  Enfin, les conditions parce que la distanciation oblige forcément à ne pas avoir le grand nombre.

Semblez-vous  prendre pour  refuge la Covid-19. Or,l’année passée, on était en pleine période Covid-19. Il n’y ait pas eu de grincement de dents. Pourquoi cette année fait-elle exception ?

On ne va pas dire qu’il n’y a pas eu de grincement de dents. Il y a eu des résultats que nous avons connus l’année dernière qui sont des résultats qui ne sont pas véritablement à 90% ou 100%. Ça n’a jamais existé de toute façon.  Ce sont des résultats qui interpellent et qui obligent  par exemple les jurys à regarder, est-ce qu’on peut racheter ? Est-ce que l’étudiant a fait un effort ? Est-ce qu’on peut lui permettre de continuer ? Être admis plus reprise ou bien admis complètement? Ça  a toujours existé. On le fait et on le fera toujours. 

Le professeur Philippe Noudjènoumè estime que c’est  l’une des rares catastrophes intervenues au niveau de la Faculté depuis des années. Que répondez-vous ? 

Il ne faut pas vite aller en besogne.  Je suis désolé pour  l’écrit du professeur. A mon avis,  c’est d’abord partial. Ensuite, c’est partiel. Enfin, c’est inopportun.  Parce qu’on ne peut pas dénoncer des collègues  comme ça sur les réseaux sociaux,  alors qu’en réalité,  ce n’est pas du tout gravissime. Le professeur est passé par la Faculté. Il  sait les conditions  de travail.   A analyser   l’écrit publié sur les réseaux sociaux, c’est comme-ci quelque part, il y a un  intérêt ou des intérêts à protéger. Deuxièmement,   c’est partiel parce que  les résultats sortis sont encore provisoires. Parce qu’il y a des réclamations qui sont en cours.   Sur  la base de ces réclamations,  l’ensemble des résultats sont traités    et   republiés. Au regard de tout cela, on ne doit pas  crier.  On  doit  attendre que  la Faculté  fasse sortir les résultats définitifs afin de  déceler les failles des uns et des autres. Enfin, c’est inopportun parce que  je ne vois pas   dans  quel but on le fait. Peut-être qu’il y a une raison derrière. Mais cette raison n’empêche pas nous autres  de travailler. Peut-être c’est une pression.   Mais elle est illégitime à mon avis. 

Les étudiants pointent du doigt les défaillances du système informatique. Qu’en dites-vous ?

Ce n’est pas exact.  Il y a une incompréhension. Nous avons à un moment donné cherché à  mettre en place un autre  système informatique. Un logiciel qui serait de nature   à mettre directement sur  internet les résultats. Ce système a connu beaucoup de burgs.  Il a fallu le laisser  de côté et  passer  au système classique. Le passage du nouveau système   à l’ancien  peut  poser quelques petits problèmes qui sont  justement réglés par les réclamations  faites par  les étudiants.   Cette dernière phase permet toujours   de régler les problèmes.  Par conséquent, pointer du doigt le système informatique est un peu exagéré.   Il faut dire que  l’informatique dans tous les cas est un  système qu’on ne maîtrise pas entièrement.   Parce qu’il peut y avoir un burg.

L’année passée, le problème s’était posé avec les rachats  où certains étudiants  étaient invités à venir déposer les attestations  délivrées ?

Ce sont  des hommes qui sont derrière les machines. Ainsi,  tout peut se passer. Je ne dis pas que c’est intentionnel. Il  peut y avoir des erreurs.  Ce sont ces erreurs  que nous avons détectées par la suite. Ce qui nous a obligés donc à revenir sur un certain nombre   de cas qui n’avait pas  le droit  de bénéficier du rachat  selon les critères.

Ce faible taux d’admissibilité que certains qualifient d’historiques  ne va-t-il pas déteindre sur votre bilan ?

Il n’  y a pas de  résultats historiques  ou catastrophiques.  Encore une fois, c’est  aller trop vite en besogne. Je suis serein. La faculté est sereine. Les  enseignants  qui  n’approuvent pas du tout  cette démarche sont  tous sereins.   Je précise  que quand on fait un examen, tout le monde ne peut pas réussir. Ce n’est pas  parce qu’on a des intérêts  ici ou qu’on a des enfants qui sont inscrits  dans les entités qu’il faut commencer à crier sur  tout. Il faut aller voir  ce qui s’est passé. Est-ce que les enfants ont travaillé ? Il faut chercher d’abord  avant de culpabiliser ou de jeter l’opprobre sur  les enseignants.

Circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles l’on dit. Est-ce que la Faculté ne devrait pas être clémente à l’égard de ces étudiants ?

Les résultats ne sont pas ceux qui existent dans nos fichiers. Ce sont des résultats qui sont faux. C’est pour ça je parlais de statistiques fausses.  Normalement, quand on veut publier ces statistiques, on va à la source, on a des éléments ou des documents fiables et on les publie.  On a estimé que c’est sur 2000 candidats en troisième année, 67 sont admis.  C’est faux,  ils ne sont pas 2000. Vous avez des étudiants qui sont en double inscription, qui ne viennent pas aux cours.  Par rapport à ça, il faut bien faire le départ entre ceux qui ont composé et ceux qui se sont inscrits. Le gap est assez grand. Il ne faut pas jeter encore une fois l’anathème sur les enseignants en disant que ce sont eux les fautifs.

Est-ce qu’on peut avoir les statistiques exactes ?

A titre indicatif, je vais vous dire qu’en licence  3 droit privé, ils sont quasiment 1500 à composer.  On disait sur les réseaux sociaux 2000,   c’est quasiment faux. Mais, les résultats par rapport à la licence 3 en droit privé ne sont pas bons parce qu’il y a à peine 6% qui sont sortis indemnes. Ils ont validé toutes les unités d’enseignement. En science  politique par contre, on a 90% de réussite, on n’en  parle  pas. En  droit public, nous avons près de 46% de réussite, on n’en parle pas aussi. Et on prend seulement le droit privé pour dire qu’il y a péril en  la demeure. Nous avons des réclamations  qui sont en train d’être traitées. Les résultats vont rebondir plus ou moins parce que sur ces résultats, il y a des omissions, il y a quelques erreurs et c’est tout à fait normal. On rectifie et  on remet les étudiants dans leur droit. Les résultats vont changer  certainement, j’en suis sûr et ça a été toujours comme ça depuis des années. Il s’agit pas de favoriser les étudiants en disant  prenez vos diplômes et partez.  On ne va pas dévaloriser les diplômes. Mais on va leur donner la possibilité de sortir parce que quelque part, ils ont droit à des notes, ils ont fait un effort un peu suffisant.

Quel  mécanisme de suivi de correction des copies le décanat a-t-il mis en place ?

Au niveau de la Fadesp, aucune copie ne sort.  D’ailleurs, c’est quasiment dans toutes les entités de l’université pour éviter les fraudes.  On corrige surplace et après correction, l’enseignant titulaire de la matière va valider en faisant une uniformisation. 

Pour l’avenir, que faut-il faire pour remédier à cette situation de résultats catastrophiques?

Remédier à cette situation, c’est juste revoir peut-être les conditions de travail, surtout des étudiants. C’est dommage que la Covid nous ait obligé à rester un peu dans cette distanciation parce que nous n’avons pas les mêmes moyens que les  pays européens. D’ailleurs, dans ces pays occidentaux, il y a eu beaucoup de problèmes et on le sait. Des examens ont dû se faire à distance et que sais-je encore.  Il faudrait peut-être que nous oubliions à un moment donné, en priant justement, que la Covid-19 disparaisse et que l’on revienne à notre ancien système qui doit pouvoir et qui a toujours démontré un certain nombre de résultats. Il  est vrai qu’avec plus de moyens immobiliers, les choses vont vraiment s’améliorer. Parce que nous n’avons  pas assez d’amphis, il faut le dire, nous n’avons pas assez de salles de Td.

 Votre mot de fin

Je me  rappelle bien de ce que disait mon grand-père que j’ai intégré plus tard. Être con, c’est un don. Faire le con, c’est tout  un art. Il faut que certaines personnes sachent raison gardée.

Propos recueillis par Bienvenu Agbasagan

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