LE MATINAL
Le Matinal est l’un des premiers quotidiens privés nés quelques années après la conférence nationale. Le matinal existe depuis 1997 et est aujourd’hui tiré à plus de 5000 exemplaires, LE MATINAL est aujourd’hui le quotidien plus influent au Bénin.

Restitution globale des trésors royaux : La France doit aller jusqu’au bout

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Après l’euphorie légitime qui a entouré le retour des 26 trésors royaux au Bénin, il faut chanter le requiem et se focaliser sur la restitution des autres qui avoisinent 10.000. Dans une vision futuriste, la tâche n’est  pas facile avec les encadrements législatifs et procéduraux. Mais pour aller vite, la France doit accélérer dans le processus d’identification, gage de sa volonté manifeste de restitution.

La démarche symbolique, politique, et globale qui a porté la restitution des 26 trésors royaux doit aussitôt continuer. Aucun répit pour conforter la volonté politique et institutionnelle de la France de réparer judicieusement son passé  sarcastique dans les relations avec les pays colonisés. Si la restitution des 26  œuvres est imputée à la bonne foi, digne d’une présomption simple du pays de la Gaule, tout doit être dans un futur immédiat mis en branle pour l’effectivité du retour des autres. En effet, en conférence de presse, le jeudi 11 novembre 2021, le ministre Jean-Michel Abimbola a fait le point des œuvres béninoises logées   à l’hexagone. « Au musée Jacques Chirac du Quai Branly, il y a un peu plus de 3.500 œuvres du Bénin. C’est là qu’il y a l’essentiel des œuvres béninoises, en ce qui concerne évidemment les infrastructures publiques en France. Mais après, nous avons la Société des missionnaires d’Afrique (Sma) qui en a certainement  beaucoup plus. Nous  avons  aussi des collectionneurs privés et des familles », souligne le ministre de la Culture avant d’ajouter : « Aujourd’hui, nous n’avons pas un inventaire général. Dans l’accord que nous avons signé avec la France, c’est-à-dire  le programme de travail commun, il est précisé qu’il va y avoir un répertoire des œuvres dans les musées publics en France. Ce travail va se faire, mais nous estimons un peu pour l’instant que c’est une grosse maille. Et  qu’on ne doit pas être loin de 10.000 œuvres béninoises sur le territoire français. Mais il n’y a pas que la France. Nous avons dans d’autres pays voisins, l’Allemagne, la Belgique et probablement le royaume uni ». Selon des experts, 85 à 90% du patrimoine africain seraient hors du continent. Au moins 90 000 objets d’art d’Afrique subsaharienne sont dans les collections publiques françaises. 70 000 d’entre elles sont conservées au Quai Branly, dont 46 000 sont arrivées durant la période coloniale.

Les prochaines restitutions s’annoncent-elles difficiles ?

Sans  être rébarbatif, il faut retracer brièvement le processus qui a conduit au retour des 26 œuvres pour mieux apprécier le moule dans lequel la France fabrique les prochaines étapes qui doivent être immédiates. En effet, tout est parti de l’engagement salutaire d’Emmanuel Macron en 2018 qui a reçu en 2020, l’onction du Parlement français. Selon les textes de lois, ces trésors  royaux conservés dans les musées du pays sont sous le sceau de l’inaliénabilité et de l’imprescriptible. Juridiquement, c’est une impossibilité réversible que     ces œuvres quittent le patrimoine français quelle que soit la circonstance historique de leur acquisition. Le bémol ne peut que germer d’une loi dérogeant à cette inaliénabilité pour permettre un transfert de propriété. Sur fond de critiques acerbes de la méthode considérée comme un fait du prince, le Sénat à majorité de droite a donné le mercredi 4 novembre 2020, son autorisation à la restitution de biens culturels subordonnée à la création prochaine du Conseil national chargé de réfléchir aux questions de circulation et de retour de biens culturels extra-européen. Un encadrement scientifique qui expédie  l’accomplissement intégral de la volonté d’un chef d’Etat. Selon la rapporteuse Catherine Morin-Desailly (centriste), la démarche est fondée d’un point de vue éthique. Ce qui est en cause, c’est la méthode par laquelle la décision politique a prévalu sur toutes les formes de débat. « Cette loi d’exception en appellera d’autres au rythme des demandes qui vont se multiplier », a regretté Max Brisson (Lr). A suivre Pierre Ouzoulias (Crce à majorité communiste), la forme juridique adaptée aurait dû être un traité international. Il aurait eu l’avantage de préciser les engagements de la France, au titre de l’aide au développement pour le transport des œuvres ou la construction des installations qui vont les accueillir. A comprendre Me Yves-Bernard Debie, avocat spécialisé représentant les syndicats du Marché de l’art qui a reproché à Emmanuel Macron d’être le fossoyeur du principe d’inaliénabilité avec des conséquences terribles, le Sénat met fin ainsi à la doctrine de la restitution et l’esprit même de la loi a changé. «  Il n’est désormais plus question de repentance ou de réparation. Par la création d’un Conseil national de réflexion visant à éclairer le processus, le Sénat érige un rempart contre le fait du prince », s’est-il réjoui .

Le travail d’identification préalable : la France retardataire

L’option prochaine pour la restitution des œuvres va durer des années voire des décennies, si l’on y met plein de réalisme surtout avec la méthode choisie. Il nécessitera également des moyens importants. L’ambition de voir en un ou deux ans ces œuvres ne peut qu’être utopique à moins qu’on abdique à cette démarche d’identification préalable dont la conséquence négative n’est que l’effet d’une vraie bombe à retardement. Mais cela reste à la fois indispensable et difficile. Car en toute justice, il faut distinguer entre les spoliations et les œuvres légitimement acquises par « don, troc ou achat ». Un travail dont la complexité est évidente. « Tous les objets qui sont dans les collections en Europe n’ont pas été volés. Le musée s’est engagé dans un travail de recherches pour identifier dans ses collections les objets acquis de manière problématique. Cela consiste à faire un travail quasi-exhaustif sur les 300 000 œuvres du musée (…) pour identifier celles qui auraient été prises de manière violente sans le consentement des propriétaires, par des prises de guerre ou par des coercitions de l’administration coloniale. Cela peut être assez simple comme pour les 26 objets du Bénin car il s’agissait d’une campagne militaire qui a donné lieu à beaucoup d’archives. Mais beaucoup d’objets ont été acquis de seconde ou de tierce main et c’est beaucoup plus difficile », a expliqué  Emmanuel Kasarhérou, président du musée du Quai Branly. Selon l’historien Pascal Blanchard, pour certains objets, les recherches sont plus faciles, à l’image des objets rendus au Bénin. Pour d’autres pièces ayant appartenu à des collections privées ou provenant de donations, les enquêtes sont beaucoup plus compliquées. Et pour les faire, il faut mettre des chercheurs compétents. « L’Allemagne a pris de l’avance sur cette question, la Belgique aussi. Par exemple, à l’Africa Museum de Bruxelles, vous trouverez des chercheurs qui travaillent à plein temps sur cette question. Et à ce niveau, la France est en retard par rapport à d’autres pays », a-t-il laissé entendre. «  C’est une chose que nos musées vont devoir faire, apprendre à faire et… s’engager à faire. Il faut que des personnes compétentes en histoire de l’art, des historiens ou encore des chercheurs travaillent ensemble pour retracer l’histoire des objets. Les anciennes puissances coloniales, mais aussi d’autres pays qui ne l’ont jamais été, comme la Suisse par exemple, vont devoir s’y mettre », a-t-il conseillé.

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