LE MATINAL
Le Matinal est l’un des premiers quotidiens privés nés quelques années après la conférence nationale. Le matinal existe depuis 1997 et est aujourd’hui tiré à plus de 5000 exemplaires, LE MATINAL est aujourd’hui le quotidien plus influent au Bénin.

Respect de la limitation des mandats : Talon convainc les derniers sceptiques

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Réélu le 11 avril 2021, le président de la République, Patrice Talon ,promet de quitter le pouvoir en 2026, à la fin de son mandat en cours. Une promesse réitérée  le mercredi 29 décembre 2021 au Parlement. Histoire de faire taire les appels des thuriféraires de son camp, mais surtout pour rassurer d’une possible alternance à la tête de l’Etat prochainement.

« Il convient de limiter les mandats. Quand on fait la balance – les avantages et les inconvénients – l’évidence est claire. Limiter les mandats est, à tous égards, au profit du peuple, plutôt que de laisser les uns et les autres rester éternellement dans la fonction. Vous avez absolument raison de prôner l’alternance. Je m’en soucie pleinement et je m’engage devant vous à la défendre, à en être témoin ». Ainsi s’exprimait le président Patrice Talon, le samedi 10 juillet 2021 au cours du sommet citoyen pour la démocratie, la bonne gouvernance et l’alternance au palais des congrès. Une rencontre pour la limitation des mandats des chefs d’États des pays de la Cédéao organisée par plusieurs Ong telles que Togo Debout et Tournons la page. Peut-être pour définitivement convaincre les sceptiques, le mercredi 29 décembre 2021, il a réitéré son engagement à ne pas faire sauter le verrou de la Constitution béninoise qui limite à deux le nombre de mandats de 5 ans. En effet, conformément aux dispositions de l’article 72 de la Constitution du 11 décembre 1990 telle que modifiée par la loi N°2019-40 du 07 novembre 2019, Patrice Talon était face aux élus du peuple pour délivrer son message sur l’état de la Nation. Lors de ce discours, de manière subtile et subliminale, il a indiqué  qu’il ne briguera pas un 3e mandat. C’est du moins ce que nous pouvons comprendre de cette portion de phrase du discours.  “C’est le tout premier discours sur l’Etat de la Nation de mon second mandat. Je n’ai pas dit le deuxième “. Car, la  règle communément admise et partagée par l’Académie française est d’écrire « second » lorsqu’il n’y a que deux éléments et pas de troisième dans votre énumération. Si vous parlez du deuxième élément d’une série allant au-delà de deux alors on parle de « deuxième ». « J’ai, en tout cas, l’obligation de ne pas donner de leçons, a poursuivi Patrice Talon. Je suis honoré de défendre sur la terre béninoise cette vertu qu’on attend d’un gouvernemant de ne pas se prendre pour Dieu tout-puissant, l’éternel, et d’avoir l’humilité de comprendre qu’un autre peut toujours mieux faire », avait-il  déclaré lors de la rencontre organisée par les Ong. Avant d’ajouter : « Un exemple, ici, comme mes prédécesseurs, ce mérite, il n’est pas le mien ici, au Bénin, c’est un acquis pour nous, a voulu souligné le président. Mes prédécesseurs l’ont montré ! J’ai simplement à faire comme eux, afin que ceux qui vont venir après continuent de faire comme nous. Nous devons donc œuvrer à remporter cela au Bénin. Chacun devra œuvrer à ce que ce soit durable. Mais vous, vous pouvez le porter au-delà de nos frontières, au-delà des frontières du Bénin. »

Trêves de suspicions

Depuis la modification de la Constitution par le président Talon, des voix se sont élevées pour lui intenter des procès d’intention. C’est pour briguer un troisième mandat, accusaient les uns tandis que les autres affirmaient qu’il manœuvrait pour s’éterniser au pouvoir afin de pérenniser les réformes qu’il a introduites à son arrivée au pouvoir. Trêve de suspicions ? Douter de la bonne foi du président de la République est une particularité de la société béninoise. Patrice Talon veut ainsi rassurer les siens, mais surtout apaiser les thuriféraires de son camp qui voudraient le forcer à s’éterniser au pouvoir. C’est surtout un signal qu’il envoie à l’opinion publique de la sous-région : consacrer le second mandat à travailler et disparaître, sans créer d’autres  conflits inutiles. Un troisième mandat aurait nécessité qu’il y consacre toute son énergie au détriment de l’œuvre de reconstruction pour laquelle il est élu. Certes, il y aura des sceptiques jusqu’au soir du dernier jour de son mandat en 2026. D’autres veulent rester « Saint Thomas », voir avant d’y croire. « Tant que Patrice Talon n’aura pas passé service à un successeur, je ne crois pas à ses nombreuses déclarations de renoncer à une tentative de briguer un troisième mandat », dit l’un d’entre eux. D’ailleurs, l’environnement politique est très favorable pour l’actuel locataire de la Marina de s’éterniser au pouvoir s’il le voulait. Pour beaucoup d’observateurs,  « il n’y a rien qui puisse empêcher le président Talon de tordre le coup à la Constitution ». Pour autant, Patrice Talon n’aura pas d’autre choix que de faire entrer son pays dans la modernité en respectant la limitation des mandats. Si les grandes démocraties comme la démocratie américaine sont accrochées à ce principe sacro-saint après trois ans de pratique, les pays africains doivent eux-aussi s’accrocher pour devenir de grandes Nations.

Wilfrid Noubadan

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