LE MATINAL
Le Matinal est l’un des premiers quotidiens privés nés quelques années après la conférence nationale. Le matinal existe depuis 1997 et est aujourd’hui tiré à plus de 5000 exemplaires, LE MATINAL est aujourd’hui le quotidien plus influent au Bénin.

Regroupement des forces politiques : Polémique autour du mariage Br-Udbn

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Le rapprochement intervenu en fin de semaine dernière entre l’Union démocratique pour un Bénin nouveau (Udbn) et le Bloc républicain (Br) est diversement apprécié au sein de l’opinion publique. Les acteurs politiques ne font pas la même lecture de ce regroupement de deux forces politiques de la mouvance présidentielle que les principaux concernés évitent d’appeler « fusion ». Si pour les uns, cette union vient concrétiser l’une des ambitions essentielles de la réforme du système partisan notamment le regroupement des grands ensembles politiques, les autres estiment par contre, que le flou persiste relativement à la nature d’un tel mariage tant qu’un congrès ne prononce la dissolution du parti Udbn. En clair, pour ces acteurs politiques, l’acte posé samedi dernier n’est qu’une étape du processus devant aboutir à la disparition du parti présidé par Claudine Prudencio. Lire leurs lectures croisées dans ces entretiens que Gérard Gbénonchi, Abdoulaye Gounou, Bernard Lani Davo et Gildas Aïzannon ont bien voulu accorder à notre rédaction.

Gérard Gbénonchi: «… l’Udbn existera toujours »

Le Bloc républicain (Br) et l’Union démocratique pour un Bénin nouveau (Udbn) sont désormais ensemble dans le cadre de la réforme du système partisan. Selon le président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Gérard Gbénonchi, « tant qu’il n’y aura pas un congrès qui proclame sa dissolution et les formalités de radiation au niveau du Ministère de l’intérieur, l’Udbn existera toujours et existe toujours juridiquement ». Lire l’entretien accordé au groupe de presse « Le Matinal » lundi 18 octobre 2021 au cours duquel il s’est prononcé sur la démission des élus Fcbe pour rejoindre l’Union progressiste (Up).

Le Matinal : L’Udbn et le Br ont signé samedi dernier, un accord de mise ensemble. Un acte sans, apparemment une dissolution proprement dite de l’Udbn. On n’a pas vu dans les conclusions du congrès, une mention portant dissolution du parti. Cet acte est-il déjà une fusion où un processus qui tend vers la fusion ?

Gérard Gbénonchi : Cet acte est un premier pas vers la fusion, c’est-à-dire que les gens manifestent le désir de se mettre ensemble et ils l’ont matérialisé. Je pense avant d’aller à la fusion, c’est tout un processus et je pense que ce processus continuera. Il faut aller lire les statuts du Br, lire les statuts de l’Udbn pour savoir qu’est-ce-que les statuts prévoient en matière de fusion avec une autre organisation et ils vont essayer donc d’harmoniser les textes pour aller à la fusion. C’est les statuts qui prévoient comment est-ce que le parti fusionne avec un autre parti ou avec un autre mouvement.

Tant qu’il n’y aura pas un congrès de l’Udbn qui proclame sa dissolution et les formalités de radiation au niveau du Ministère de l’intérieur, l’Udbn existera toujours et existe toujours juridiquement. Donc, la démarche qui est faite n’est qu’une démarche politique. Le reste, je pense que les actes concrets suivront pour qu’au plan juridique, on puisse constater la disparition de l’Udbn au profit donc du Br.

Quelle est la durée légale prévue par les textes pour la fusion de deux partis politiques ?

Aucun délai n’est prescrit par les textes. Cela relève de la volonté des deux acteurs et rien ne les y oblige. Cette volonté exprimée peut n’être que virtuelle et ne jamais aboutir à du concret si sur le chemin, les deux acteurs n’arrivent pas à s’entendre. Mais une fois que la volonté y est, si cette volonté perdure, ils feront toutes les formalités qu’il faut pour aboutir à la fusion.

Au cas où la fusion ne prospérait pas, les deux partis peuvent-ils collaborer simplement ?

A l’état actuel de notre droit positif, les alliances sont proscrites. Il n’y a pas d’alliance possible. Le Br continuera d’agir. La présidente de l’Udbn devra exhorter ses militants à travailler pour le Br. 

A Copargo, le week-end dernier, des élus Fcbe ont démissionné pour rejoindre l’Union progressiste, alors qu’ils sont majoritaires au sein du Conseil communal. Dans ce  cas, quelle formation politique contrôle la mairie ? Fcbe ou Up ?

L’appartenance à un parti politique est libre. Notre Constitution garantit la liberté d’association. Au regard de cela, tout élu peut à tout moment et librement décider d’appartenir à quelle que formation politique qu’il veuille. Il peut quitter une formation politique et adhérer à une autre. Au regard de notre droit positif, je pense que c’est comme cela. Mais quand on prend la situation particulière de Copargo, effectivement avec les résultats des dernières élections communales, c’est la Fcbe qui a eu la majorité et contrôlait le Conseil communal. Le maire est donc Fcbe jusqu’à nouvel ordre. Récemment, la majorité autour du maire Fcbe a décidé de démissionner collectivement et de rejoindre l’Up. Au regard de la première assertion que j’ai décrite et qui est la liberté d’appartenance, on a rien à leur reprocher. Maintenant, quelles implication cela a au regard de la comptabilité des élections dernières ? Est-ce que ces élus-là changent de coloration au regard des textes ? Non, pas du tout. Au regard de la comptabilité des dernières élections, étant donné que l’Etat ne peut pas se mêler des questions politiques, rien ne changera au Ministère de l’intérieur. Donc, la Fcbe continuera d’avoir la majorité sur papier, selon les textes et c’est au regard de cette majorité que le financement des partis politiques sera donc réparti. Donc, au regard de cela, lorsque la Commission électorale nationale autonome (Céna) voudra faire la répartition de la cagnotte de financement public aux partis politiques, c’est la Fcbe qui bénéficiera toujours de ce financement au nom de ses élus de Copargo. Donc, il en sera ainsi jusqu’à la fin de la mandature communale en cours. Ces élus qui ont démissionné vont faire leurs formalités pour appartenir à l’Union progressiste mais cela n’influence en rien le bénéfice du financement public de la part de la Fcbe qui contrôle la mairie de Copargo en termes d’élus. Si on dit aujourd’hui de faire un vote, ce sont les élus qui votent. Si ces élus se réclament aujourd’hui d’une autre coloration, à vous d’en tirer les conséquences. Mais au plan de la comptabilité des dernières élections et en l’état de notre droit positif actuel, la Fcbe continuera de comptabiliser ses élus pour bénéficier du financement public.

Qu’adviendrait-il au cas où l’Up voudrait transmettre une nouvelle liste du maire, des adjoints et chefs d’arrondissement au préfet ?

L’Up ne peut pas le faire parce que ces conseillers sont devenus Up au plan politique mais au plan du résultat des dernières élections, ces conseillers ne sont pas Up. Ils demeurent toujours Fcbe dans le registre du Ministère de l’intérieur. L’Up ne pourra donc pas changer la gouvernance au niveau du Conseil communal de Copargo. Mais au plan politique, on peut dire que l’Up contrôle Copargo. Le parti ne peut aucunement s’en prévaloir pour demander un quelconque changement officiellement. Si le préfet doit par exemple recevoir une correspondance, l’Up ne peut pas justifier que ces conseillers ont été élus au titre de l’Up, selon le résultat des dernières élections communales. 

Le Code électoral a-t-il prévu ces cas de figure où la majorité bascule dans un Conseil communal en cours de mandat ? Si oui, que disent les textes ? Si non, comment corriger cette limite du Code électoral ?

On a beau réfléchir pour écrire des textes, ils sont appelés à s’adapter aux situations sociales. Ce cas de figure n’était pas prévu. C’est un cas d’école. Les textes ne peuvent pas tout prévoir.

Irions-nous à autre modification peut-être de la loi électorale ?

On n’en sait rien. Peut-être qu’à la faveur de la prochaine relecture, les réflexions se feront pour savoir qu’est-ce qu’il faut encore corriger dans la loi. 

Propos recueillis par Angèle Toboula

Gildas Aïzannon : « C’est le chemin que j’avais en vain suggéré »

« C’est une bonne chose et c’est le chemin que j’avais en vain suggéré en 2018 au premier jour du congrès. La présidente Claudine Prudencio, ma chère maman et les membres de l’ancien parti pourront s’épanouir dans un groupe plus structuré. Le soutien de l’Udbn à la rupture vu qu’elle a refusé en 2018 de fusionner, ne semblait pas franc aux yeux de plusieurs barons. La présidente Prudencio  aurait pu déjà renouveler son siège de député en 2019 et faire participer davantage de ses partisans à  la gestion du pouvoir mais elle tenait à ce projet de parti politique dirigé par une femme. L’idéal est noble mais il fallait tenir compte du contexte et de la réal politique.  Avec cette adhésion au Br, les cadres dynamiques  auront un large horizon et les jeunes pourraient s’imposer dans des structures de bases plus animées. Les doutes sont en principe levés et l’ancien parti devient un partenaire plus crédible. Les prochaines élections législatives et communales ne se joueront pas sans l’Udbn dans Calavi tout au moins. Le parti à mon avis, y a installé un vrai réseau ».

Propos reccueillis par : Gabin Goubiyi

Bernard Lani Davo : « En partant, je me disais que l’Udbn n’avait pas d’avenir »

Ancien membre de l’Union démocratique pour un Bénin nouveau (Udbn), Bernard Lani Davo opine sur la mise ensemble de l’Udbn et du Bloc républicain (Br). Dans un entretien avec le groupe de presse « Le Matinal » lundi 18 octobre 2021, il salue la mise ensemble des deux partis politiques et explique pourquoi il a pris ses distances vis-à-vis de la formation politique que dirigeait Claudine Prudencio. Lire ses propos.

Le Matinal : Acteur politique très connu et très influent, ancien député, ancien ministre de la République. Qu’est-ce que vous êtes devenu depuis votre départ de la mairie de Cotonou?

Bernard Lani Davo : Après mon départ de la mairie de Cotonou où j’ai travaillé aux côtés du maire Léhady Soglo, je suis devenu comme un observateur en attendant de reprendre incessamment le chemin de la politique.

On vous a vu dans l’entourage de Claudine Prudencio. Mais vous n’avez pas été trop visible jusqu’à ce que le parti ne s’éteigne. D’autres leaders vous ont-ils fait ombrage ou bien c’était une option personnelle ?

Je ne sais pas ce que vous appelez visibilité. J’ai voulu après mon passage à la mairie de Cotonou ne pas militer au sein d’un parti.Mais après cela, j’ai voulu avec les réformes relatives aux partis politiques, tenter une aventure avec l’Udbn de Claudine Prudencio mais cela n’a pas prospéré. Je ne souhaite pas en parler parce que les leaders et acteurs politiques ne sont pas différents des uns des autres. A vouloir trop commenter ces genres d’aventures, on risque de ne pas se retrouver.

Parlant de l’Udbn, une fusion a été formalisée vendredi dernier avec le Br. Est-ce une bonne option selon vous ?

Cela fait pratiquement deux ans avant les élections que j’ai arrêté de participer aux activités au sein de l’Udbn. Depuis lors, je ne sais vraiment pas les conditions dans lesquelles le parti a évolué et comment les élections se sont passées. Si je me lance dans un commentaire, je risque de ne pas dire ce qui n’est pas réel. Seulement, en partant, je me disais que ce parti n’avait pas tellement d’avenir. Si, comme vous me l’apprenez, il y a eu fusion avec un autre parti politique, ce serait une bonne chose pour les militants qui sont restés et qui veulent bien travailler et animer la vie politique dans notre pays.

Voulez-vous dire que vous n’êtes pas au courant de la mise ensemble de votre ancien parti avec le Br ?

Pas du tout ! J’ai lu sur les réseaux sociaux. Mais comme cela ne faisait pas partie de mes préoccupations, cela ne me paraissait pas un événement préoccupant parce que personnellement, je ne savais pas si l’Udbn existait encore. S’il y a des restes qui sont versés dans un autre parti, je ne peux que saluer l’événement.

Une fusion mais sans, apparemment une dissolution proprement dite de l’Udbn. On n’a pas vu dans les conclusions du congrès, une mention portant dissolution du parti. Quelle en est votre lecture ?

Je ne souhaite pas faire des commentaires. Mais je voudrais dire et c’est regrettable pour nous, au Bénin, on ne respecte pas les lois qui sont en vigueur. Sinon, en principe, si je me réfère à la loi portant Charte des partis politiques, je ne vois pas de quoi il s’agit. Soit, les militants de l’Udbn adhèrent au Br ou c’est une formule qu’ils ont choisi, la fusion ou toute action qui tend à fusionner ou à mettre ensemble deux partis politiques ne nécessite pas un congrès ou autre. Je ne me rappelle pas vraiment des dispositions des statuts de l’Udbn pour savoir si dans de pareilles circonstances, il faut un congrès, une fusion ou une dissolution. Si le processus tel qu’il est conduit est conforme à nos lois, il n’y a pas de problème à mon avis. Si les acteurs conviennent de fusionner avec les autres partis, on ne peut que leur souhaiter bon vent.

La fusion est-elle prévue par les textes ?  

Je n’ai pas la Charte des partis politiques devant moi. Si la fusion a été faite, c’est que cela est conforme aux textes car ce sont quand même des personnalités qui ont dû se conformer aux dispositions légales. A mon avis, il n’y a pas à s’en faire. Ce qui est important, c’est l’avenir des militants de l’Udbn au sein du Br. Nous allons voir aux prochaines élections, si ce sont les militants de l’Udbn qui aux prochaines élections, vont contribuer au succès du nouveau parti ou ces derniers vont disparaître. Encore que chez nous au Bénin, on ne peut se dire qu’en fusionnant avec un autre parti, tous les militants de l’Udbn vont rejoindre le nouveau parti. Les militants sont libres. La Constitution béninoise consacre la libre association. La fusion ne signifie donc pas que tous les militants, électeurs ou sympathisants doivent nécessairement se retrouver au sein du Br.

Propos recueillis par Angèle Toboula

Abdoulaye Gounou : « Cette intégration partisane de plusieurs partis va continuer »

« L’expression adhésion est utilisée pour des personnes physiques, qui veulent adhérer à un parti. Quand il s’agit de deux entités juridiques telles que deux partis ; on ne parle pas d’adhésion. Donc, nous nous mettons ensemble pour former un, en la personne juridique du Br. Cela étant, moi je suis totalement ravi et satisfait. C’est pour moi un motif de fierté, une fierté que j’éprouve d’avoir voté cette loi qui a aujourd’hui changé le visage de notre paysage politique. De 300 partis politiques, nous sommes à moins de 20 partis politiques. C’est encore une fois la preuve que la réforme est pertinente. Nos camarades de l’Udbn ont compris qu’il faut se mettre ensemble pour être plus fort. Et je pense que cette intégration partisane de plusieurs partis va continuer.

Que ceux qui se rendent compte qu’ils ne peuvent pas chausser ce qu’on a mis en place comme pointure de chaussure, se rabattent sur les autres, pour que nous ayons une démocratie et un système partisan fiable. Pour que nous animions de façon plus crédible la vie politique. Et je lance un appel aux autres qui en leur âme et conscience, sentent qu’ils ne peuvent pas chausser le numéro que nous avons établi sur les pieds. En toute humilité, ils n’ont qu’à revenir, ils n’ont qu’à faire marche arrière et rejoindre les formations politiques existantes, rejoindre les autres forces politiques qui existent pour former de grands ensembles. C’est de cela le Bénin a besoin. L’émiettement politique est terminé. La formation des alliances de circonstance, c’est fini, les calculs politiques étriqués, c’est aussi fini.

L’Udbn disparait dès lors que l’acte est signé. L’Udbn n’existe plus en tant qu’entité juridique. Donc, les militants deviennent des militants du Bloc républicain. Il n’y a pas de parti politique au sein d’un autre parti politique. Donc, l’Udbn cesse d’exister juridiquement, les militants de l’Udbn, les responsables de l’Udbn deviennent donc des militants du Bloc républicain. C’est un plus. Un parti politique, même si c’est un seul militant que vous recevez, c’est un plus, encore que l’Udbn, c’est un parti politique avec du monde derrière.

Aujourd’hui, on ne parlera pas de l’Udbn. Vous savez le Bloc républicain, c’est plus de 150 partis politiques qui se sont mis ensemble, c’est un mouvement politique qu’ils ont mis ensemble et ont fusionné. Cela fait que le Bloc républicain aujourd’hui a absorbé tout cela : ces partis politiques et ces mouvements dont le mien n’ont plus une existence juridique. Donc, il en sera ainsi pour l’Udbn qui, en toute souveraineté, a décidé de faire ce que moi j’appelle une mise en commun des ressources, des potentialités afin d’avoir une plus grande formation politique dans notre pays. Nous, on n’a pas un congrès avec l’Udbn, c’est eux qui font leur congrès. Donc, ils vont faire le congrès pour acter la fusion à leur niveau. Chez nous, le bureau politique et le bureau exécutif national ont déjà acté. Donc, je pense que le mariage est déjà scellé avec l’Udbn. »

Propos recueillis par Angèle Toboula

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