LE MATINAL
Le Matinal est l’un des premiers quotidiens privés nés quelques années après la conférence nationale. Le matinal existe depuis 1997 et est aujourd’hui tiré à plus de 5000 exemplaires, LE MATINAL est aujourd’hui le quotidien plus influent au Bénin.

Reconquête de l’électorat lors des prochaines joutes électorales : La “remontada”, le rêve surréaliste du Prd

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Le Parti du renouveau démocratique (Prd) est à la croisée des chemins. En congrès ordinaire le week-end dernier, la plus vieille formation politique du Bénin, a une fois encore donné de la voix. « La remontada » semble devenu le concept d’espoir dont se fend le parti arc-en-ciel pour annoncer un hypothétique retour dans l’arène. Un rêve plutôt utopique vu que les rapports de force ne sont plus en faveur des « tchoco-tchoco ».

La cohésion et l’homogénéité du parti arc-en-ciel se sont fortement érodées avec le temps. Pendant plus de trois décennies, le parti présidé par l’un des cadors de la politique béninoise, Adrien Houngbédji, aura fait du chemin. Depuis l’avènement du renouveau démocratique, le parti a capitalisé une somme d’expériences qui ont conforté sa résilience face aux aléas et assauts de la politique politicienne. A l’aune les différents combats et compétitions politiques, le parti a démontré sa capacité à tenir dans le temps et face aux différents régimes qui se sont succédé à la tête du pays. De 05 députés au cours de la première législature (1991-1995), le parti a enregistré sa plus grande performance lors de la deuxième législature (1995-1999) avec 19 députés, talonnant même le parti au pouvoir, la Renaissance du Bénin (Rb) qui a réalisé la même performance à l’époque. Ce fut l’heure de gloire du parti qui a néanmoins réussi à se faire représenter au Parlement dans toutes les législatures qui ont précédé l’avènement du nouveau départ. Vaille que vaille, comme le traduit d’ailleurs, le slogan à l’allure de cri de ralliement du parti, le Prd a démontré sa capacité à tenir, même si sa constance s’est considérablement érodée au fil du temps avec les nombreuses défections qu’il a enregistrées. Les départs de Mathias Gbèdan, Timothée Zannou, Ismaël Tidjani Serpos, Timothée Gbèdiga, Augustin Ahouanvoèbla, Badirou Aguèmon, Paulin Gbénou et autres…n’ont pas été sans effet sur le parti même si de toute l’histoire du Prd, seuls trois anciens démissionnaires ont réussi à renouveler leurs tickets pour le parlement : Augustin Ahouanvoèbla, Paulin Gbénou et Badirou Aguèmon.  A ces facteurs, il faudra ajouter l’avènement du Mouvement africain pour  la démocratie et le progrès (Madep) qui a, durant les différentes compétitions électorales, contrarié le Prd dans le département du Plateau et même une partie de l’Ouémé. Du coup, pour sauver les meubles et maintenir le cap, le parti arc-en-ciel a dû faire le jeu des alliances. Ce rappel mérite d’être fait pour montrer que le parti, depuis la législature 95-99, n’a plus jamais réussi à avoir à lui seul, deux groupes parlementaires à l’Assemblée nationale.

Refus d’objectivité

L’un des maux qui rongent le Prd, c’est son refus de voir la réalité en face et de foncer tête baissée. Il n’est plus un secret que la politique reste un rapport de forces et que les données ne sont jamais les mêmes d’une période à une autre. Quoiqu’étant un jeu d’intérêts, la politique reste aussi un couloir de concessions et de compromis. Ce qui a longtemps rongé le parti, c’est son entêtement à garder sa spécificité et sa singularité. Le Prd n’a visiblement pas tiré leçon des conséquences de son « orgueil » qui l’a longtemps défavorisé. Son refus de faire des compromis pour aller aux élections législatives sous la bannière du Bloc républicain en 2019 a eu pour corollaire le rejet de son dossier en raison des irrégularités contatées. Lors des municipales et communales du 17 mai 2020, le Prd n’a pu faire mieux que de recueillir 136.493 voix soit 5,49% des suffrages exprimés, un résultat qui l’écarte du partage des sièges pour lequel le parti doit réunir 10% des suffrages. Conséquence, le parti, en dépit de sa percée dans les Communes de Sèmè-Podji, Porto-Novo et Adjarra, n’a aujourd’hui aucun conseiller communal élu. Sans représentant au sein de ces instances qui constituent de véritables laboratoires politiques, on se demande par quelle alchimie le parti rêve de réaliser la fameuse ‘’remontada’’ clamée à cor et à cri ? Avec un ancrage national discutable et même inquiété dans ses fiefs originels, on se demande bien comment le Prd,  compte remonter la pente. Cette ambition, à la limite démesurée, ressemble bien à de la sorcellerie. Parvenir à transformer 5,49% de suffrages en une moyenne supérieure n’est certes pas impossible mais le Prd semble oublier que plus rien ne sera comme avant en politique au Bénin. Certes, il n’est pas interdit de rêver, mais le rêve dans lequel Houngbédi et les siens s’embourbent paraît surréaliste voire utopique. A eux de nous démontrer le contraire.

Gabin Goubiyi

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