LE MATINAL
Le Matinal est l’un des premiers quotidiens privés nés quelques années après la conférence nationale. Le matinal existe depuis 1997 et est aujourd’hui tiré à plus de 5000 exemplaires, LE MATINAL est aujourd’hui le quotidien plus influent au Bénin.

Réaction contre la loi sur l’interruption volontaire de grossesse : Eglise catholique, attention à la dérive !

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Face à la polémique née du vote par les députés à l’Assemblée nationale d’une loi pour élargir le champ de l’interruption volontaire des grossesses, la Conférence épiscopale du Bénin (Ceb), ayant vu sa demande rejetée, a réagi, en demandant à toute la communauté chrétienne du Bénin, une journée de jeûne et de prière, le vendredi 29 octobre 2021. Une attitude de rébellion, diversement appréciée au sein de l’opinion publique et qui appelle à des mises au point.

Au lendemain du vote de la loi portant modification de la loi n°2003-04 du 03 mars 2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction, la Conférence épiscopale du Bénin, à travers une déclaration publique avait exprimé son regret et sa déception. Et comme si cela ne suffisait pas, cette grande instance de l’Eglise catholique du Bénin s’était permise d’appeler « les fidèles du Christ, les croyants des autres confessions religieuses et les personnes de bonne volonté à observer une journée de prière et de jeûne, le vendredi 29 octobre 2021 et à ne pas baisser les bras dans la lutte pour la défense et la protection de la vie ». 

Il faut battre le fer quand il est chaud. Cette réaction de la Conférence épiscopale du Bénin vis-à-vis des Autorités béninoises est d’une extrême gravité qu’il ne faut pas banaliser, au risque d’ouvrir un boulevard difficile à contrôler après. L’Eglise catholique, comme toutes les autres organisations religieuses ou non, a le droit d’opiner, sur toutes les décisions du gouvernement. Mais elle n’a pas le pouvoir de s’imposer aux autorités publiques. On exagérait peut-être en qualifiant la réponse de l’Eglise en réaction au vote de cette loi, comme étant un acte d’insubordination. Sinon, Monseigneur Victor Agbanou et tous les autres membres de la Conférence épiscopale du Bénin savent très bien qu’il est écrit noir sur blanc dans la Sainte Bible « que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ». Car, indique la lettre de l’Apôtre Paul aux Romains chapitre 13, verset 1er « il n’y a point d’autorité qui vienne de Dieu ; et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu » qu’il faut se soumettre aux autorités. 

Le Gouvernement a largement expliqué les raisons pour lesquelles il a initié cette modification de la loi. C’est fait dans l’intérêt supérieur de la Nation et pour la préservation de la vie des filles et des femmes victimes d’avortements clandestins au quotidien dans le pays. Le Bénin n’est pas le seul pays au monde et en Afrique à avoir institué une telle disposition légale. Et ce n’est pas fait pour les beaux yeux d’une religion ou d’une organisation. Toutefois, chacun est libre de faire ses commentaires.

Mais, aller jusqu’à décréter une période de jeûne et de prière en réaction à une loi votée par une Assemblée nationale comportant des députés issus de plusieurs obédiences religieuses est une forme de rébellion. Appeler à prier est une forme d’appel à manifester. Et quand une organisation d’une si grande importance se met à appeler sa communauté à manifester contre des décisions (loi) prises par les Institutions de la République, il faut s’en inquiéter et attirer l’attention de l’opinion publique sur la dérive. Il n’y a pas un autre nom à donner à cet appel au jeûne et à la prière : c’est une rébellion. Mais une rébellion, non seulement aux autorités mais aussi et surtout à la parole de Dieu comme stipulé dans la même lettre de Paul aux Romains 13 v 2 : « c’est pourquoi, celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes ». Et si la Ceb ne veut pas prendre au sérieux les prescriptions de l’Apôtre Paul, on peut lui rappeler que Jésus-Christ en réponse aux Pharisiens à la question de savoir s’il faut « payer des impôts à César » ou pas, une manière de le tester sur le respect aux prescriptions des autorités face aux principes de Dieu, a dit ceci : « Rendez donc à César, ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu » (Matthieu 22 v 21).  

Manque d’humilité

« Malgré la Déclaration de la Conférence épiscopale du Bénin du 19 octobre 2021, ultime tentative pour parler à la conscience des députés de la huitième législature, malgré la vague de contestation provoquée par le projet de ladite loi chez nos compatriotes de tout âge, de toute religion et de tout sexe, la loi portant modification de la loi n°2003-04 du 03 mars 2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction a été votée ». A lire cette partie de la déclaration de la Ceb, c’est à croire qu’elle est tellement puissante que les députés étaient obligés de répondre favorablement à son appel. Pire, elle parle de « vague de contestation ». Ici, c’est du pur mensonge. Peut-être que les membres de la Conférence épiscopale étaient sur une autre planète au moment des débats autour de cette loi. Ou alors, ils ont confondu l’expression d’inquiétudes par des députés (ayant finalement voté) et les commentaires d’internautes curieux. Sinon, il n’y a pas eu de « vague de contestation » autour de la loi. Et même si c’était le cas, c’est à quelle proportion pour que la représentation nationale, seule détentrice du pouvoir de vote des lois, examine et adopter la loi, dans l’intérêt supérieur de la Nation ? A-t-on besoin de dramatiser une situation qui ne le mérite pas ?

L’Eglise catholique est-elle au-dessus des autres religions et même de toutes les organisations du pays pour croire que son « ultime appel » doit être forcément entendu ? Il se pose vraiment un problème. Et la Ceb doit des excuses au peuple béninois pour avoir tenté de créer de problème là où il n’y en a pas. Pour une loi dont l’application ne posera pas de problèmes sociaux et ne menace pas la sécurité du pays, a-t-on besoin d’appeler les populations « à ne pas baisser les bras dans la lutte pour la défense et la protection de la vie ? Quelle vie est vraiment menacée ?

Mauvaise publicité

A la publication sur nos plateformes numériques de la déclaration de la Ceb invitant à une journée de jeûne et de prière en réaction au vote de cette loi, les réactions n’ont pas été du tout en faveur des Evêques. Des internautes, très remontés, se sont demandés si des cas de pédophilies régulièrement dénoncés au sein de l’Eglise catholique dans le monde entier ne sont-ils pas graves pour qu’on decrète des périodes de jeûne et de prière ? Ils se sont demandés si, dans ces cas, des vies humaines (enfant) ne sont-elles pas menacées? D’autres ont été jusqu’à se demander si cette loi décriée par les Evêques n’est pas plus grave que les problèmes que le pays a eus au cours de certaines périodes électorales avec à la clé des décès et autres dégâts pour que ce soit maintenant que l’Eglise se sente obligée de demander un jeûne de prière.

Plutôt qu’une adhésion, cette sortie a suscité des indignations au sein de l’opinion publique. Pire que la loi même, la réaction des Evêques a provoqué des vagues de contestations (si on doit, comme eux, considérer les réactions sur Internet pour des vagues d’indignations).

Une fois encore, la Ceb a le plein droit d’opiner sur des questions d’intérêt public. Mais des appels à réactions doivent être évités pour ne pas aller à la dérive. On suit juste à côté de nous, au Togo, comment l’Eglise catholique se comporte face au pouvoir et les dégâts que cela entraîne au sein des populations. Le Bénin n’en a pas besoin.

 Abdourahmane Touré

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