LE MATINAL
Le Matinal est l’un des premiers quotidiens privés nés quelques années après la conférence nationale. Le matinal existe depuis 1997 et est aujourd’hui tiré à plus de 5000 exemplaires, LE MATINAL est aujourd’hui le quotidien plus influent au Bénin.

Raphaël Totongnon, médecin épidémiologiste : « La loi modificative est une chance pour le Bénin »

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« La loi modificative de la loi 2003-04 du 3 mars 2003 introduite par le gouvernement à l’Assemblée nationale est une chance pour notre pays parce que dans le monde entier, 800 femmes meurent par jour pour des raisons liées à la grossesse ou à l’accouchement. Les études de 2018 ont révélé qu’au Bénin, il y a trois principales causes qui tuent la femme : les hémorragies liées à l’accouchement, l’éclampsie et l’avortement. 

Pour les deux premières causes, les gouvernements successifs de notre pays ont pris des mesures idoines pour minimiser les décès qui y sont liés. Parmi les mesures prises figure le renforcement du plateau technique pour prévenir, identifier à temps et prendre en charge les hémorragies et les éclampsies à travers la mise en place d’un système appelé Sonu (Sonu recentré et Sonu communautaire). On entend par Sonu, Soins obstétriques et néo-natales d’urgence à travers le renforcement de nos plateaux techniques d’urgence dans toutes les maternités, le renforcement des capacités des sages-femmes, des médecins et de toutes les personnes habilitées à assister la femme au cours de son accouchement. Cela a permis de diminuer le nombre de décès des femmes liés à ces deux premières causes. Cependant, l’Enquête démographique de santé 2016-2017 a révélé que 391 femmes continuent de mourir au Bénin sur 100 900 vivantes. La plupart des pays au sud du Sahara comme dans tous les pays du monde entier qui sont membres des Nations Unies sont tenus par l’Agenda 2030. Les 17 Objectifs de développement durable parmi lesquels le 3ème objectif parle de la santé et du bien-être pour tous. Cet Odd 3, a 9 cibles. La 3-1, demande à tous les pays de ramener au dessous de 70 décès maternels sur 100 900 vivantes, d’ici 2030. Nous sommes à 391, selon l’Eds 2016-2017. Le gouvernement s’est dit qu’il a déjà agit sur les deux premières causes de décès maternel sans pour autant réussir à réduire le taux de mortalité maternelle, la troisième cause étant les avortements. Que doit-il faire ? Il faut qu’il prenne ses responsabilités parce que la loi 2003-04 du 3 mars 2003 n’a pas permis de résoudre le problème. Cette loi, dans son article 17, définit les trois conditions d’accès des femmes à l’interruption volontaire de grossesse. Cette loi ne permet qu’à une femme sur cinq d’accéder à l’interruption volontaire de grossesse parce qu’en son article 17, il dit : on peut accéder à l’interruption volontaire d’une grossesse lorsque la grossesse issue d’un viol ou d’une relation incestueuse, lorsque la santé de la mère ne permet pas la poursuite de la grossesse ou lorsque le fœtus qu’elle porte est frappé d’une malformation au point où à l’échographie du premier trimestre, si cela est détecté, à sa demande, on accéder à Ivg. Avec le garde-fou, un décret sera pris en Conseil des ministres pour déterminer les conditions opérationnelles de mise en œuvre de ces dispositions. Mais cette loi qui date de 2003 n’a pas permis de résoudre le problème. Les cas de grossesse, de viol et de relations incestueuses, des grossesses qui mettent en danger la vie de la femme et les grossesses avec malformation ne constituent que 1 cas sur 5 de grossesses non-désirées. Que deviennent alors les 4 femmes qui ont eu une grossesse non-désirée et qui ne répondent pas à la loi 2003-04 ? Cette opportunité que le gouvernement nous offre est salutaire.

Dans notre pays, 1500 femmes perdent la vie par an en voulant donner la vie. 200 femmes meurent au Bénin pour raisons d’avortement clandestin. Les deux mis ensemble, font 1700 divisé par 365 jours, cela fait une moyenne de 4,6 femmes qui meurent par jour. Le gouvernement en proposant cette loi modificative, donne la chance à 4 femmes sur 5 qui ont une grossesse non-désirée, de pouvoir accéder au service de soins d’avortement car la 2003-04 ne concerne que 1/5 des femmes qui ont une grossesse non-désirée.

Que devons-nous faire pour être à l’agenda de 2030 pour le cas du Bénin si nous pouvons être à 123 décès maternels sur 100900 vivantes, ce serait déjà un chapeau. Sinon, l’agenda des Nations Unies demande de ramener le taux de décès maternel au dessous 70 sur 100900 vivantes. C’est donc une opportunité que nous devons saisir ».

Propos recueillis par Angèle Toboula

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