LE MATINAL
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Mauvaise prise en charge des patients au Chd Goho : Usagers, praticiens et l’Etat indexés

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Mis en service dans les années 85, le Centre hospitalier départemental de Goho sis à Abomey ne comble plus les attentes de ses usagers. Après 36 ans au  service des populations des départements  du Zou, des Collines, du  Couffo et du Plateau, ce centre régional, jadis une référence traverse d’énormes difficultés au point où il n’arrive plus à accomplir convenablement la mission qui lui est dévolue.

«Au Centre hospitalier départemental (Chd) de Goho, un service accueil existe, mais il n’est pas  fonctionnel », constate Fidèle Kinhou. « Pas d’accueil. L’accueil est médiocre, raison pour laquelle je préfère les cliniques qu’au Chd et c’est mieux pour moi », fait savoir Athanase Linkpéhoun. Ces plaintes persistantes parviennent à la représentation nationale qui a diligenté une mission dans ce centre la semaine écoulée. A cette occasion, l’état des lieux qui est fait dégage un manque criard d’agents, de spécialistes, de matériels de pointe, d’infrastructures et des services spécialisés non fonctionnels. A cela, s’ajoutent les rançonnements. En effet, le Chd est présenté comme une coquille vide. C’est-à-dire que le centre est visible mais il n’y a plus rien pratiquement à l’intérieur. Tenez ! Ce centre hospitalier ne dispose pas de scanner ni d’équipements techniques d’hémodialyse. Pas de cardiologue ni d’urgentiste. Au-delà, il manque des services de  psychologie, de psychiatrie, de chirurgie plastique, d’oncologie,  d’ergothérapie, d’andrologie, de Gastro-entérologie, d’ophtalmologie et de  cancérologie. Quant à l’unité de dialyse, l’infrastructure est disponible, mais sans équipements ni personnel. La seule pharmacie dont dispose le centre est moins garnie. « Dans cette officine on ne trouve pas tous les médicaments, surtout ceux qui concernent la réanimation. Dehors, on n’en trouve pas non plus. Au retour, c’est chez les agents que vous trouverez le reste. On ne comprend plus rien », se désole Arsène Atèkpami. Au niveau de la maternité, les femmes se mettent à trois sur deux lits juxtaposés. D’autres se couchent à même le sol. C’est un constat amer à la limite révoltant. Identique  à la pédiatrie en ces temps de Covid-19. L’unité de diabétologie est volante. « J’avoue que le tableau n’est pas si réduisant », note le député Mama Sanni, l’élu de la 23ème circonscription électorale. Les critères d’évaluation renseignés auprès des usagers en témoignent. Sur les six critères, aucun n’a requis la mention assez-bien. Que ce soit la qualité des soins, la qualité de l’accueil, la disponibilité des médicaments et des agents, la gestion des urgences, la notation varie entre très mauvais et passable.  Une performance que les responsables du centre tentent de justifier.

Les praticiens devant le tribunal des usagers

Prenant acte des critiques, observations et suggestions des usagers du centre hospitalier, Darius Gounflé, Directeur du  Chd de Goho éclaire leur l’antenne en mettant l’accent sur les difficultés qu’ils éprouvent avant d’avoir un spécialiste. « Pour avoir un spécialiste, c’est la croix et la bannière à cause de nos prix dérisoires. La prise en charge de la prostate par exemple est à 80.000FCfa. Comparer ce prix aux autres départements, ils n’acceptent pas de venir chez-nous. Mieux, les frais d’hospitalisation qui s’élèvent à 1200FCfa prennent en compte l’entretien, la restauration, l’eau et l’électricité du malade et de ses gardes malade (4 à 5). On donne à manger à 250 personnes par jour.  Le coût des prestations du Chd Goho est plus abordable que les autres », certifie le D/Chd. « Quand on est fier de sa laideur, on devient beau », enchaîne le gynécologue, Dr Kotchoffa. A en croire ses explications, le personnel travaille sous pression. « Il y a surcharge de travail au Chd. Par la masse de travail, nous dépassons parfois l’Homel et le Cnhu à la maternité. Les statistiques sont là. Jusqu’au mois passé, il y a deux gynécologues pour cette maternité. Grâce à la diligence du Dds et les responsables de  l’administration du Chd, nous avons eu un troisième gynécologue le mois passé. A Porto-Novo, il y a onze (11) gynécologues. La plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a. Pour nous, on essaie de faire à la hauteur de ce qu’on peut », ajoute le gynécologue. Dr Sylvain Glitho, responsable de la médecine interne pense qu’il ne faut pas jeter seulement la pierre aux agents de santé. Pour lui, les patients ont aussi une part de responsabilité dans ce qui se passe. Ils  ne viennent pas à temps à l’hôpital. Ce qui nous rend le travail difficile. Dans ce contexte, on ne peut s’attendre à un bon résultat. Au niveau des urgences, la prise en charge est systématique avant l’achat de la première ordonnance par les parents. « S’agissant de l’accueil, tout ne dépend pas de nous », fait savoir Dr Glitho. A l’en croire, il y a  un médecin pour 90 personnes avec quatre infirmiers. Dans ce contexte, on s’intéresse d’abord aux cas les plus urgents. « Quant à la longue file d’attente à la caisse, des dispositions sont en cours pour l’éviter », rassure-t-il.  Dr Evariste  Tokplonou, Directeur départemental de la santé (Dds) du Zou joue  la carte d’apaisement et dévoile les ambitions du gouvernement pour cet hôpital. A l’entendre, avec Patrice Talon, l’espoir est permis. Beaucoup d’efforts ont été faits lors de son premier mandat. « Le meilleur reste donc à venir », déclare-t-il. Des propos que confirme Dah Kpomalégni. « Goho a repris vie après 2016. Sinon avant, les services ne fonctionnaient plus. Les médecins avaient leur propre clinique qu’ils servaient avant de venir au service tardivement », informe-t-il.

La responsabilité collective engagée

« L’Etat a failli à ses obligations », a laissé entendre Mama Sanni. D’après ses propos, un Etat responsable doit avoir une vision prospective et prévoir l’extension des infrastructures sociocommunautaires dans tous les domaines en fonction de la poussée démographique. « A entendre les gynécologues, ils disent qu’ils font plus de 528 accouchements par mois et 212 césariennes. Ils sont combien ? L’homme n’est pas un animal. Et tous ne peuvent pas opérer », s’alarme-t-il. Le député  Boniface Yèhouétomè, reconnaît pour sa part que des efforts sont faits par le gouvernement. Cependant, des problèmes persistent encore.  Il va donc falloir prendre le taureau par les cornes.

Des recommandations

Aussi bien les usagers du centre hospitalier que les praticiens ont formulé des recommandations pour sauver le Chd de sa léthargie. La population rencontrée exhorte l’Etat à prendre ses responsabilités en dotant le centre du personnel qualifié et suffisant, l’équiper avec des matériels adaptés, construire des infrastructures modernes, approvisionner la pharmacie en médicaments essentiels, rendre fonctionnels les services existants et créer d’autres en vue de faciliter à la population bénéficiaire, l’accès aux soins de qualité et à moindre coût. Un comité de suivi de douze membres a été mis en place pour le suivi des recommandations sous la présidence du député Boniface Yèhouétomè.

Zéphirin Toasségnitché

(Br Zou-Collines)

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