LE MATINAL
Le Matinal est l’un des premiers quotidiens privés nés quelques années après la conférence nationale. Le matinal existe depuis 1997 et est aujourd’hui tiré à plus de 5000 exemplaires, LE MATINAL est aujourd’hui le quotidien plus influent au Bénin.

La forge au service du royaume de Danxomè : Akati Ekplékindo, un prisonnier atypique

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Le roi Guézo (1818-1858), lors de  l’une de ses conquêtes, a ramené de Kpingni dans la Commune de Dassa-Zoumè, le forgeron Ekplékindo Akati. Admis au sein du royaume comme prisonnier de guerre, il a mis son savoir-faire professionnel et spirituel au service de la monarchie  dahoméenne. Ceci, à travers la fabrication des objets décoratifs, des bijoux pour le souverain et la vénération du Gou, le dieu protecteur des métallurgistes.

Dans le royaume de Danxomè, tous les captifs de guerre ne sont pas  systématiquement vendus comme esclaves ou exécutés. Certains,  à cause de l’agilité de leurs doigts et de leurs services dont le pouvoir royal a besoin pour son hégémonie,  échappent à la sentence de la  décapitation et au statut d’esclave.  Faisant partie des captifs préservés, le forgeron Ekplékindo Akati a contribué au rayonnement du  trône royal. Damien Akati, descendant de Ekplékindo,  est sur les traces de ses aïeuls. Il  exerce lui aussi  la forge depuis une vingtaine d’années. En  se référant  à l’histoire, il raconte que le roi Guézo, à l’issue de l’une de ses conquêtes,  a ramené de Kpingni (Dassa) son aïeul. Forgeron, le roi a estimé qu’il peut apporter un plus à son royaume.  Ainsi, le monarque l’a installé  au quartier Azali non loin de son ‘’Azaxo’’. C’est-à-dire la chambre destinée  à garder les précieux  objets du roi Guézo. Poursuivant son récit, il informe que la réalisation des armes de guerre  et des objets en métaux précieux du roi est spécialement confiée  à Akati avec Akankossi,  son fournisseur de  charbon. Etant un  forgeron métallurgiste, précise   Gabin Bernard Djimassè, directeur de l’Office du tourisme d’Abomey et région, la famille Akati, produit alors les ‘’Houisso’’ ou coupe-coupe, des hachettes des adeptes de Ninssouhoué dénommés Ninssouhouéhoui en langue locale fon,  des ‘’Goubassa’’ des rois, la recarde ou le bâton de commandement. Il fabrique également les bracelets (Maoulè et Tchaba) et les cannes. Considéré comme un spécialiste de   l’extraction du fer, il travaille l’aluminium, et le fer. Ces métaux, matières premières du forgeron Akati sont aujourd’hui  très rares créant ainsi de nombreuses difficultés à la forge.

La métallurgie, un secteur en déclin

La métallurgie traditionnelle est en agonie  dans le royaume à cause de  l’indisponibilité de la matière première. Comme Damien Akati,  les principaux animateurs de ce secteur stratégique  se plaignent de la rareté des métaux. « Il devient aujourd’hui  plus difficile de trouver les métaux », note Damien Akati.  Responsable du clan des forgerons d’Akatihoué à Azali, il estime que ce  sont les acheteurs ambulants de ferraille qui tuent  le secteur. « Ils rasent tout sur le terrain et nous ne trouvons plus rien »,  fait-il observer. Par conséquent,  le fer coûte  plus cher  qu’avant. Face à cette difficulté, le spécialiste n’a d’autre alternative que de se rabattre sur les quincailleries.  Damien Akati indique qu’il recourt  aux boutiques pour s’approvisionner en matières premières. « Les tôles de 20 ou de 10 en aluminium  se vendent à 22 500F Cfa», confie-t-il tout en ajoutant que ce prix varie en fonction du marché. Au regard de ces goulots d’étranglement, le directeur de l’Office du tourisme d’Abomey et région, Gabin Djimassè, fait remarquer  qu’aujourd’hui, le métier de la forge s’appauvrit et peut disparaître au fil des jours. « La forge n’a plus sa notoriété  du temps des rois », constate-il.  Cette situation est due,  selon lui,  à la fin du pouvoir monarchique pour signifier que la colonisation du pouvoir  a fait perdre au souverain  ses prérogatives d’autrefois. Ainsi, le forgeron Akati, même s’il existe toujours à Abomey, n’est  plus trop dépendant de la royauté et le roi n’a plus l’exclusivité de passer commande auprès de lui. C’était le roi qui fournissait les métaux et c’était lui qui consommait toute la production du forgeron au sein du  royaume. Mais aujourd’hui, les données ont changé. Ainsi, en dehors des objets traditionnels, le forgeron Damien Akati, pour pérenniser l’héritage,  innove en fabriquant sur commande divers produits pour la consommation populaire. Cette stratégie,  à en croire  ses confidences,  lui évite la mévente et lui permet de rentabiliser son métier. Cependant, il est confronté à d’autres difficultés liées aux moyens financiers.

‘’ Gou’’,  le protecteur  des métallurgistes

Le forgeron Akati n’a pas été qu’artisan. Sur le plan spirituel, cet ancien captif de guerre a été un Gounon, un  ministre du culte dieu Gou. Autrement dit,  il a été  l’homme de main du roi Guézo.  Artiste plasticien, il  a,  grâce à son ingéniosité, sculpté l’effigie  de la divinité du dieu  Gou en fer. Cette  statue, qui est un autel portatif  appelé « assen » en langue nationale  fon, est installée au palais royal  avant d’être emporté en France après la conquête coloniale française.  Le Gou, dieu de fer,   est vénéré par les forgerons,  les artisans, les artistes et tous ceux qui travaillent les métaux. Il se trouve comme entité dans toutes les grandes familles des divinités. Son autel constitué d’un amas de ferrailles  reste toujours à l’air libre. D’après les explications de Damien Akati, cette divinité joue un  rôle de protection et de veille  sur ses adeptes et l’ensemble du royaume lors  des guerres de conquête permettant ainsi au monarque de réussir sa mission. La représentation de Gou d’Akati  est exceptionnelle de par sa taille (de dimension humaine), la nature des matériaux qui la compose  (bois et du métal de récupération), et la variété des techniques utilisées lors de sa réalisation (le fer est forgé, laminé, martelé, clouté, riveté). Le rapatriement de cette œuvre par la France était très attendu par les citoyens béninois. Malheureusement leurs attentes n’ont pas été comblées parce qu’elle ne figure pas parmi les objets ramenés. Ils voudront attendre encore quelques années.

Zéphirin Toasségnitché

(Br Zou-Collines)

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