LE MATINAL
Le Matinal est l’un des premiers quotidiens privés nés quelques années après la conférence nationale. Le matinal existe depuis 1997 et est aujourd’hui tiré à plus de 5000 exemplaires, LE MATINAL est aujourd’hui le quotidien plus influent au Bénin.

Éventuel pardon aux inculpés dans l’affaire d’atteinte à la sûreté de l’Etat lors de la présidentielle : Un couteau à double tranchant pour Talon

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(Le piège d’une immixtion du politique dans le judiciaire)
La mise en liberté sous convocation, mercredi 27 octobre 2021, de certains inculpés dans l’affaire de trouble à l’ordre public lors de la dernière élection présidentielle a relancé le débat relatif à la décrispation de la situation politique. Les projecteurs sont fixés sur le Chef de l’Etat, Patrice Talon que beaucoup considèrent à tort ou à raison comme la clé de voûte de ce dossier. Mais la posture de l’homme face à ce dossier pourrait se comprendre à plusieurs égards.


Le Chef de l’Etat est dans le dilemme. Il est au centre de la polémique depuis le 22 septembre 2021 où il a rencontré son prédécesseur Boni Yayi qui lui a soumis une série de doléances dans le cadre de la décrispation de la tension politique. Quoique n’étant pas des exigences formelles, la satisfaction de ces demandes, devrait aux yeux de Yayi, concourir à la réconciliation nationale et à l’union des fils et filles du Bénin. « Moi je demande mais c’est lui qui décide », avait lancé Boni Yayi pour conférer une certaine modestie à son plaidoyer. Dès lors, beaucoup estiment que la balle se retrouve désormais être dans le camp de Patrice Talon. Lui qui, de par son silence, alimente la polémique et accroît les inquiétudes. Du coup, les espoirs de ceux qui rêvaient d’un dégel de la situation s’effritent au fil de jours. Tout ceci est d’ailleurs exacerbé par les propos « mitigés » du secrétaire général adjoint porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, qui n’a donné aucune assurance à ce sujet depuis la rencontre historique des deux hommes d’Etat. C’est dans cette atmosphère d’incertitude que survient que l’opinion publique apprendra dans la soirée du mercredi 27 octobre dernier, la levée du mandat de dépôt émis contre l’ancien ministre Alexandre Hountondji, Joseph Tamègnon et trois (03) autres personnes poursuivies par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme pour des faits de ‘’terrorisme et d’atteinte à la sûreté de l’Etat » entre temps requalifiés en ‘’adhésion à une attente en vue de commettre un acte terroriste pour déstabiliser les institutions de la nation’’. Un dénouement plutôt heureux pour les inculpés et les partisans du dégel. En dépit des nombreux arguments juridiques évoqués pour motiver la levée du mandat des mises en cause, beaucoup se refusent de ne pas suspecter une main invisible du pouvoir derrière cette mise en liberté provisoire.


Le piège d’une immixtion du politique dans le judiciaire


Entre le souci de contenter ceux qui estiment que la paix passe par le pardon des prisonniers dits ‘’politiques’’ et le respect de l’indépendance des institutions de la république, Talon devra faire un choix. Face à cette équation, le Chef de l’Etat se retrouve dans un véritable dilemme. Aucune de ces deux options n’est en réalité pas sans conséquence car pouvant donner lieu à diverses interprétations. Primo, accorder le pardon aux prisonniers et provoquer leur libération revient à encourager le crime. Du coup, l’immixtion du politique dans le judiciaire aurait été actée. Ce qui va corroborer la thèse de ceux qui estiment que Talon demeurait en réalité maître du jeu et que le pouvoir tirait les ficelles dans ces différentes affaires. L’indépendance de la justice aurait été atteinte et les mêmes qui appellent à la paix pourraient se prévaloir de la situation pour se conforter dans leur conviction selon laquelle la Criet demeure un instrument aux mains du pouvoir qui peut en faire ce qu’il veut. Toute chose incompatible avec l’Etat prôné et totalement en déphasage avec le principe d’indépendance des pouvoirs consacrés dans la constitution du 15 novembre 2019.

Patrice Talon a déjà tranché le débat

Dans un entretien exclusif qu’il a accordé à France 24 et Rfi le 30 avril 2021, le Chef de l’Etat a déjà réglé la question d’une éventuelle mise en liberté des personnes interpellées. « Je n’envisage pas de gracier les opposants » avait formellement déclaré Patrice Talon à Marc Perelman et Christophe Boisbouvier à la question de savoir s’il allait comme en 2019, accorder une faveur aux opposants placés en détention. ‘’Ce sera une faute’’ a répondu le Chef de l’Etat. Selon Patrice Talon la gravité des faits mis à la charge des personnes poursuivies, les exclut d’office du bénéfice d’une éventuelle grâce présidentielle. Pour lui, ils ont tout fait pour que l’élection présidentielle ne se tienne pas, et ont cherché à déstabiliser le pouvoir afin qu’il soit renversé comme au Mali et au Burkina Faso.Il accuse par exemple l’opposante Reckya Madougou, détenue depuis début mars 2021, d’avoir fomenté et financé des assassinats d’officiels, afin de créer un climat insurrectionnel. Se raviser après ces propos reviendrait à se dédire pour Patrice Talon. Or, pour qui connaît l’homme, il n’est pascoutumier des volte-face. Au regard de tout ceci, on est tenté de donner raison à ceux qui estiment que le bout du tunnel pour les inculpés dans ces différentes affaires n’est pas pour demain.

Gabin Goubiyi

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