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Emission de 1 milliard d’eurobonds : « L’opération du Bénin est doublement inédite », constate François-Xavier Noumon


Le 12 janvier 2021, le Bénin a émis deux Eurobonds. Un premier, sur onze ans, à un taux de 4,875 %, pour un montant de 700 millions d’euros. Un deuxième, sur trente-et-un ans, avec un taux de 6,875 %, pour un montant de 300 millions d’euros. Sur la chaîne de télévision E-Télé hier jeudi 14 janvier 2021, le chroniqueur économique, François-Xavier Noumon a décortiqué cette actualité et salué la performance du régime du Nouveau départ en ces temps difficiles de Covid. Lire l’interview qu’il a accordée au journaliste Romuald Houhoui.

E-Télé : Qu’appelle-t-on euro bond ?

François-Xavier Noumon : Un eurobond ou euro-obligation est une obligation libellée dans une monnaie différente de celle du pays dans lequel elle est émise. Par exemple, une obligation en dollar émise sur le marché européen. Autrement dit, c’est une dette contractée sur un marché particulier. C’est une dette comme une autre. C’est un peu comme vous avez une entreprise et vous sollicitez l’accompagnement d’une banque pour acquérir une machine ou financer un plan de développement. À la taille de ménage, on peut souscrire à un prêt pour acheter un véhicule. A la taille d’une entreprise, ce sera un investissement. Pour les pays, ce sont les emprunts obligataires. On en a de diverses sortes. Dans l’espace Uemoa, il y a déjà cette habitude que les Etats ont à aller sur le marché sous-régional. Avec Eurobond, l’envergure est nouvelle, parce que ce n’est pas libellé en francs CFA. En effet, le marché international est beaucoup plus exigeant. Beaucoup de prêteurs internationaux sont de plus en plus réticents à prêter de l’argent aux pays sous-développés. Cela, simplement parce que le risque est un peu trop grand. On se rappelle du discours du président Patrice Talon à Dakar. Il a mis l’accent sur l’appréciation biaisée du risque des pays comme les nôtres, parce que ça ne reflète pas souvent la réalité de leurs structures économiques.

Quand on parle d’un milliard d’euros d’emprunt obligataire, est-ce que le Bénin a déjà en sa possession ces fonds pour financer ses infrastructures ?

Au fait, le 12 janvier, ce sont deux Eurobonds qui ont été émis par le Bénin. Un premier, sur onze ans, à un taux de 4,875 %, pour un montant de 700 millions d’euros. Un deuxième, sur trente-et-un ans, avec un taux de 6,875 %, pour un montant de 300 millions d’euros. C’est en quelque sorte une double opération en 1. Quand on parle de maturité, on se réfère à l’échéance entre la date d’émission et la date de remboursement de la valeur nominale de ce prêt. C’est en quelque sorte la date de remboursement. La première partie de 700 millions d’euros a été émise avec un taux d’intérêt de 4,875 %. C’est inédit. En général, ce qui pénalise les pays d’Afrique subsaharienne, c’est les taux d’intérêt. Les pays africains ont toujours été pénalisés par l’appréciation du risque. C’est ce qui fait que, en période de Covid, quand il s’est agi de trouver un moratoire pour le paiement des dettes des pays africains, certains Etats n’ont pas été d’accord. On s’en souvient, le Bénin, après avoir affiché une position courageuse et singulière, a affirmé à la face du monde qu’en tant que pays crédible et voulant protéger sa signature vis-à-vis des prêteurs privés, il n’entendait pas déroger au remboursement de sa dette. Cela lui a valu quelques quolibets, parce que le Sénégal a pris son contre-pied. Et au niveau des institutions internationales, le G20 en l’occurrence, il y a un parti pris pour ce moratoire. Mais, les prêteurs privés n’en démordent pas. Ce dossier traîne encore. C’est pourquoi l’opération du Bénin est doublement inédite. C’est une performance incroyable parce que, au moment où les acteurs privés, entendent cette musique depuis 8 mois qu’il se peut que les fonds consentir aux pays africains pourraient subir un moratoire, le Bénin arrive quand même à convaincre. Il est passé à un milliard d’euros ; ce qui n’est pas rien. On est passé de 300 millions d’euros le 19 mars 2019 a pratiquement 1 milliard. Et tenez vous bien ! Ce qui a été émis le 12 janvier a été souscrit à hauteur de 3 milliards de dollars. Ça veut dire que le Bénin pouvait, au lieu de 1 milliard de dollars, emprunter 3 milliards d’euros. Il faut dire que nos ambitions, pour le moment, se limitent à 1millard d’euro. C’est un gage de confiance parce qu’il n’y a pas pratiquement pas de doute en la capacité du Bénin à honorer ses engagements. Si cette dernière émission a été faite à cette hauteur, c’est un adoubement du marché international pour un pays comme le nôtre.

LIRE ASSI :  « 4 ANS AU POUVOIR, TALON A RÉVÉLÉ LE BÉNIN », SELON AGAPIT NAPOLÉON

Parlant d’eurobond, y a-t-il d’autres pays ouest-africains qui ont émis un emprunt obligataire ?

Il y a la Côte d’Ivoire. Le 24 novembre 2020, elle a émis un nouvel Eurobond d’un montant d’un milliard d’euros au taux de remboursement de 5%, avec une maturité finale en 2032. Ce taux est un peu plus élevé que la nôtre. Il faut préciser que l’émission du Bénin a été compartimentée en plusieurs tranches. Et là, il faut tirer un coup de chapeau au ministre de l’économie et des finances. C’est une prouesse technique importante. Depuis 2017, cette équipe du ministère de l’économie et des finances s’est beaucoup investie dans le profilage constant de notre dette. C’est-à-dire que quand vous avez une dette en cours et que vous avez l’opportunité de souscrire à une autre plus profitable, d’autant que les taux d’intérêts sont en baisse, ça vous permet de préfinancer constamment. A titre illustratif, si vous avez 5000 francs Cfa à rembourser avec un taux d’intérêt de 10 %, et dans ce laps de temps vous pouvez trouver cette somme avec un taux d’intérêt de 4 %, ça vous permet de rembourser les 5000 francs Cfa. Donc, vous vous donnez du temps pour faire face à la dette à venir. C’est d’ailleurs pourquoi le Bénin va très régulièrement sur le marché de l’Uemoa. C’est pour dire qu’on ne prête qu’à ceux qui sont crédibles. Le marché financier ne joue que sur la crédibilité et la capacité de remboursement. Les 700 millions d’euros que le Bénin a obtenus avec un taux d’intérêt de 4% le 12 janvier lui permettent de rembourser l’eurobond qui a été émis le 19 mars 2019. En effet, c’est la deuxième fois que le Bénin émet des Eurobonds. Lors de la précédente opération, menée en mars 2019, il avait levé 500 millions d’euros (328 milliards de F CFA), sur une période de sept ans, avec un taux de 5,75 %. Il y a donc un gap de 1 % qui nous permet de rembourser notre Eurobond de 500 millions d’euros . Le Bénin entre ainsi dans un cercle très fermé, surtout pour un pays d’Afrique de l’Ouest. Sur le continent, notamment en Afrique de l’ouest, le Ghana a tenté d’aller dans cette direction avec une maturité de 7 ans. Le Bénin a frappé un grand coup en allant jusqu’à 30 ans. Ça lui permet de rembourser cette dette sur la durée avec un taux d’intérêt de 6,8%. C’est un sacré exploit.

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Quels sont les enseignements qu’on peut tirer de cette première signature ?

Lorsque vous prêtez à un quidam, ce qui vous rassure, c’est d’abord sa capacité à vous rembourser. S’il ne me rembourse pas, je pourrais saisir ses avoirs. Nous, nous avons la particularité de ne rien avoir. Nous ne sommes pas comme le Ghana et la Côte d’Ivoire qui ont des ressources minières. Or, c’est à cela que les emprunteurs se réfèrent. Sur le continent, nous avons des pays comme le Mozambique et le Botswana qui sont dans des situations difficiles. La Zambie, par exemple, a fait défaut parce qu’elle n’est pas en capacité de rembourser ses prêts. Donc, un pays sans ressource comme le nôtre et qui arrive à mobiliser 1 milliard d’euros, c’est un exploit retentissant. Le Bénin est le premier à s’inscrire dans cette stratégie cette année. Le Nigéria et l’Afrique du Sud vont lui emboîter le pas. Ceux qui doutaient des effets des réformes en termes d’amélioration du climat des affaires ont maintenant la preuve qu’on est dans la bonne direction. Le chef de l’État n’a de cesse de le dire. Nous sommes dans un pays qui joue dans la cour des grands. Avec tout ce que nous avons consenti comme réformes budgétaires, on est à même de mobiliser des ressources à cette échelle, parce qu’aller emprunter en temps de covid, temps d’incertitude économique, cela témoigne simplement que nos efforts ont payé.

LIRE ASSI :  Bénin/Cep 2020 : Les stratégies de gestion des centres de composition adoptées

Transcription : Joël Samson Bossou

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