LE MATINAL
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Dodji Amouzouvi au sujet de la déclaration de l’Eglise catholique après le vote de la loi sur l’Ivg : « L’Eglise n’est plus restée complètement fille de son temps »

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Le Sociologue Dodji Amouzouvi pense que l’Eglise catholique à travers sa déclaration après le vote de la loi sur l’Ivg, n’est plus restée complètement fille de son temps. Il l’a fait savoir dans un entretien exclusif accordé à votre journal « Le Matinal ». Selon lui, l’Eglise catholique est restée tout à fait passéiste, engluée dans ce mémoire d’antan, dans sa morale, sauvegarde des vies. On ne peut pas lui reprocher cela. Lire ci-dessous l’intégralité de l’entretien.

Le Matinal: Que pensez-vous de la déclaration de l’Eglise catholique après le vote de la loi sur l’Ivg

« Je m’interroge beaucoup sur la position de l’Eglise catholique d’habitude très précautionneuse, prudente et très au fait de la société dans laquelle elle est et des hommes qu’elle sert. Mais cette fois-ci, je suis en train de remarquer que l’Eglise n’est plus restée complètement fille de son temps. Elle est restée tout à fait passéiste, engluée dans ce mémoire d’antan, dans sa morale, sauvegarde des vies. On ne peut pas lui reprocher cela. Mais on pourra lui reprocher de ne pas lire les nouvelles réalités, de ne pas suivre l’évolution et de rester dans une sorte d’immobilisme.

Je m’interroge également sur les utilités de cette position de l’Eglise catholique parce que la loi n’est pas nouvelle. Elle date de 2003. Il y a juste eu une nouvelle condition qui s’est ajoutée. Les quatre autres conditions ont toujours existé. Quand je parle d’Eglise qui est d’habitude précautionneuse, est-ce qu’on a pris la peine de lire le contenu de la loi ? Oui la vie est sacrée et c’est justement au nom de cette sacralité de la vie que le législateur a pris ces dispositions. Finalement, où est le problème ? Quelle est la marche du monde ? Regardez les 5 conditions sous lesquelles on a dit qu’on peut pratiquer l’Ivg. Entre nous, l’enfant issu d’un inceste, quid des problèmes qui peuvent survenir par la suite ? Il faut les préserver pendant que les acteurs estiment que non. Lorsqu’on voit tous les problèmes qui vont survenir après, est-on prêt à accepter cela alors qu’on pouvait encore gérer ? Quelle est la société que nous allons construire demain si nous nous voyons tous enfants issus d’inceste dans notre communauté. Il faut aller. Si on n’a pas empêché l’inceste et qu’il est arrivé, il faut lui trouver une solution. Lorsqu’on sait que le fœtus n’est pas viable, on va quand même le laisser mourir et dans ce processus de mort engagé, d’autres problèmes peuvent survenir et provoquer même la mort de la maman. Lorsqu’on sait que la grossesse ne peut pas aller à terme, et si on a des institutions, c’est pour qu’on leur fasse confiance. La loi stipule que si le médecin constate que ce n’est pas possible, on va célébrer la mort ? Ne pas intervenir pour moi, c’est célébré la mort. Or, on ne veut pas célébrer la mort. Je pense qu’il y a un certain amalgame, une certaine confusion et une méprise de la réalité. Il ne s’agit pas de ne pas respecter la vie. La preuve, l’avortement au Bénin continue d’être passible de peines. Mais les conditions citées sont les conditions telles que toute personne célébrant la vie et la vraie vie, doit pouvoir l’accueillir froidement en voyant les forces et les faiblesses. Autrement, on peut se demander ce qu’on célèbre ? La vraie vie, la vie à demi ou la mauvaise vie ? Dieu n’est pas là pour cela. Il est là pour la plénitude de la vie.

Les conditions que vous citez sont déjà prises en compte par la loi de 2003. L’Eglise catholique s’insurge contre l’opportunité qui est donnée aux filles de recourir à l’Ivg en cas de détresse émotionnelle, financière et sociale.

C’est la justice qui apprécie tout cela. Pourquoi voulez-vous faire des cas sociaux dans le pays ? Est-ce qu’une institution, quelle qu’elle soit aujourd’hui, peut-elle s’occuper de tous les cas sociaux que nous avons ? Voulons-nous une République à cas sociaux ?, pendant que la famille ne joue plus son rôle ?, pendant que nous ne sommes plus prêts dans la tête, dans la poche et dans le cœur avant d’y aller parce que c’est une marche inexorable vers là. Si le problème se pose, ne faudrait-il pas le régler plus tôt que d’attendre plus tard et d’avoir affaire à des gangsters et à des cas sociaux ? De quoi parle-t-on ? et quelle est la masse critique ? Tout ceci ne sera pas fait sur un simple coup de tête ou le bon vouloir du législateur qui a prévu un ensemble de mécanisme qui accompagne tout cela. Notre société d’aujourd’hui, si on ne veut pas être hypocrite et rouler à plusieurs vitesses, on doit constater un ensemble de dérives à tous les nouveaux. Le rôle de l’Etat, c’est de pouvoir cadrer, devancer et imaginer tout cela. Je pense que c’est ce que les députés ont fait ».      

Propos recueillis par Angèle Toboula

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