LE MATINAL
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Conditions déplorables de transport universitaire à l’Uac: le ras-le-bol des étudiants

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(Indexé, le Cous-Ac rassure)

Le transport universitaire a repris ses droits, cahin-caha, depuis le 21 mars 2022, après quelques jours de suspension. La pénurie du gasoil avait contraint le Centre des œuvres universitaires d’Abomey-Calavi (Cous-Ac) à suspendre le service. Une suspension vécue comme une véritable épreuve par les étudiants qui ont déjà d’énormes griefs contre le service. Ils ont crié leur ras-le-bol hier, mercredi 11 mai 2022, au cours d’un mouvement de protestation. 

Les étudiants de l’Université d’Abomey-Calavi ne sont visiblement pas satisfaits du transport universitaire. Même les plus abonnés à ce service destiné à soulager les difficultés de déplacement des pensionnaires du milieu universitaire, ne sont pas totalement satisfaites. Au problème de la vétusté des bus, se greffe celui des conditions de déplacement où les étudiants sont entassés, tels des sardines dans ces moyens roulants que d’aucuns qualifient, de cercueils roulants. Si certains ont renoncé au bénéfice de ce service en raison des risques qu’ils encourent, la majorité de ceux qui exploitent le service, n’ont malheureusement pas le choix. La période de suspension du service a d’ailleurs été difficilement vécue par ces derniers. Certains qui en ont gardé de mauvais souvenirs nous livrent leurs témoignages. « On était en composition quand le Cous-Ac a suspendu momentanément le transport universitaire. Je marchais du campus pour Houénoussou à Fidjrossè. Du coup, quand j’arrive à la maison, je suis toute épuisée. Je n’arrive plus à apprendre malgré que je sois en composition. Imaginez ceux qui sont à Tokpa, Akpakpa et environs », confie Françine Naka, étudiante à l’Université d’Abomey-Calavi. La pénurie liée à l’invasion ukrainienne par la Russie, a eu ses retombées négatives dans le monde. Jamais, le gasoil n’aura autant eu de valeur. Tablant sur la rareté de l’hydrocarbure, certaines stations ont versé dans la spéculation et vendu le produit à prix d’or. Le défi résiste certes dans le coût du produit. Passé de 600 FCfa à 1000 FCfa, le liquide n’était plus à la portée de tout le monde, ni de toutes les bourses. Beaucoup de camions ou autres véhicules utilisant le gasoil ont dû être garé dans la période. Même le Cous-Ac a dû mettre la clé sous le paillasson en décidant de suspendre le service de transport universitaire, avant de reprendre les activités le 21 mars 2022. La décision a été diversement appréciée dans le rang des bénéficiaires de ce service.

Une mesure qui se justifie selon le Bccl

Naïnou Mèdégbè Digo, président du Bureau de coordination des comités de lignes (Bccl), l’institution spécialisée (Is) de la Fédération nationale des étudiants du Bénin (Fneb) en charge du transport estudiantin à l’Université d’Abomey-Calavi, explique les causes de la suspension. Pour lui, « Le transport a été suspendu pour faute de carburant. La raison, c’est la guerre entre la Russie et l’Ukraine qui a causé la cherté du gasoil ». Les responsables étudiants, soucieux des conditions de vie de leurs camarades, n’ont pas ménagé leurs efforts pour vite remédier à ce problème, ne serait-ce que pour assurer un service minimum. Le président du Bccl jure n’avoir pas croisé les bras face à la situation. A l’en croire, une série de démarches ont été menées vers le Centre des œuvres universitaire et social (Cous) en vue de la reprise des activités de transport sur le campus d’Abomey-Calavi. Des démarches qui se sont soldées par la prise de la note de service n°033-2022/Mesrs/Cous-Ac/Da/Smma/Sht/Sp abrogeant celle n°032-2022/Mesr/Cous-Ac/Smma/Sht/Sp qui avait suspendu le transport étudiant à compter du 17 mars 2022 jusqu’à nouvel ordre. « Nous avons repris parce que nous avons mené des démarches avec la Fédération nationale des étudiants du Bénin (Fneb) à qui nous sommes affiliés et qui ne nous a pas laissée. Nous avons cotisé pour que le transport puisse reprendre », a certifié Naïnou Mèdégbè Digo.

Des conditions précaires décriées

La nouvelle de la reprise du transport a suscité quelques lueurs d’espoirs dans le rang des usagers de service. Un espoir qui a vite laissé place à la désillusion. En effet, aussitôt après la reprise, certains nouveaux problèmes sont apparus à la surface. Selon les témoignages recueillis auprès de certains étudiants, tous les  bus n’ont pas encore repris. Beaucoup peinent à comprendre cette situation qu’ils attribuent au Cous-Ac. Pour eux, la subvention de 30 milliards de FCfa accordée par le gouvernement pour maintenir le coût du gasoil au tarif normal, devrait résoudre cette équation. Espérance Chéhou, étudiante en agronomie, usagère du bus universitaire, retrouvée sur le parking de transport, nous raconte sa mésaventure. Pour elles, les conditions de transport des étudiants sont à revoir. «  Depuis que le problème de bus a commencé, je marche pour rentrer. Et s’il faut forcément prendre le bus les soirs, il faut attendre jusqu’à 21h, parfois 22h avant de rentrer chez soi. Un autre aspect est qu’ils nous entassent comme des sardines dans le bus et conséquence, des étudiants s’évanouissent. C’est mon cas par exemple ». Les faits sont confirmés par le président du Bccl, qui s’est toutefois employé à nous décliner les raisons « Maintenant, quelques heures de voyages sont supprimés. Normalement, nous effectuons six (6) voyages dans la journée, soit trois dans la matinée (06h30, 07h45 et 09h10) et trois dans l’après-midi (13h, 16h et 19h). Pour le moment, nous effectuons quatre (4) voyages dont deux dans la matinée (6h30 et 9h10) et deux dans l’après-midi (13h et 19h). C’est une décision qui a été prise suite à une concertation des trois organisations, le Bccl, Pbef et la Fneb. Par ailleurs, le Cous-Ac nous a conviés à une réunion au cours de laquelle, il nous faisait comprendre que le gasoil qui se trouve à la station du campus n’est pas suffisant pour couvrir tous les voyages, en raison de sa cherté. Il nous avait même proposé trois voyages (06h30, 13h et 19h) et les trois organisations ont proposé un de plus, celui de 9h10 qui a été validé. »

Une réforme s’impose

Au regard de la situation, certains étudiants et les responsables à divers niveaux des organisations estudiantines, lancent un cri de cœur à l’endroit aux autorités pour que le transport universitaire soit totalement réorganisé. Pour Philippe da Matha, secrétaire à l’information de la ligne 2, il faut initier des réformes dans le secteur. « Nous sommes en manque de bus, et les quatre qui sont à notre disposition, sont en désuétude. Ils tombent en panne en pleine circulation et on sort parfois du bus pour pousser. Nous devenons la risée des usagers de la route. Nous demandons donc aux autorités de bien vouloir entendre nos cris de cœur afin de régulariser ce problème de transport ». Le président du Bccl abonde dans le même sens. « Nous voulons que les autorités ne soient pas sourdes à nos cris de cœur concernant les matériels roulants. Qu’elles nous procurent d’autres. Les matériels roulants qui sont là, datent de 2015. Et le second mandat du président Talon est placé sous le social, mais jusque-là, nous ne voyons rien de social dans le domaine du transport. Nous voulons que le Cous-Ac soit doté d’une voiture de dépannage. Le parking de l’arrêt bus n’est pas électrifié. Le parking est dans l’obscurité totale quand il fait nuit. Nous voulons donc que les autorités prêtent oreilles à nos cris de cœur.». Vivement que ces appels ne tombent dans des oreilles de sourds.

Aguesseau Dogbo et Juste Delbich Guendéhou (Stags)

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