LE MATINAL
Le Matinal est l’un des premiers quotidiens privés nés quelques années après la conférence nationale. Le matinal existe depuis 1997 et est aujourd’hui tiré à plus de 5000 exemplaires, LE MATINAL est aujourd’hui le quotidien plus influent au Bénin.

Année 2021 : Les grands faits politiques

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Croissance renouvelée, inflation maîtrisée, politiques budgétaires assainies. Le président Patrice Talon, sait s’appuyer sur les résultats de sa politique de grands travaux et sur de bons chiffres macroéconomiques, malgré la crise provoquée par la pandémie du Covid-19, pour se faire réélire. Retour sur les péripéties de cette élection qui a marqué la première moitié de 2021.
Le président Patrice Talon, qui au moment de son élection en 2016 avait affirmé vouloir faire un unique mandat, s’est depuis ravisé et, sans surprise, s’est officiellement lancé dans la course à la présidentielle prévue le 11 avril. «Je resterai dans l’action permettant de renforcer la bonne gouvernance. Je serai candidat à cause de cela, rien qu’à cause de la bonne gouvernance, je serai candidat», a-t-il déclaré le 15 janvier à Adjohoun, Commune rurale à moins de 50 km de Cotonou, en clôturant une tournée de deux mois à travers les 77 Communes du pays. « La bonne gouvernance nous a permis d’avoir des richesses pour commencer à construire sérieusement notre pays, ce que la démocratie n’a pas amené, ce que les libertés n’ont pas suffi à amener», a poursuivi le chef de l’Etat dans une déclaration à la presse. L’opposition dénonce un scrutin verrouillé à l’avance par une nouvelle disposition de la loi électorale qui impose à chaque candidat d’être parrainé par 16 maires ou députés. Or, lors des législatives d’avril 2019, aucun parti d’opposition n’avait été autorisé à présenter de listes et, à l’issue des Communales d’avril 2020 boycottées par une partie des opposants, seuls six maires de cette mouvance ont été élus. En décembre dernier, la Cour africaine des droits de l’Homme (Cadhp) a rendu un nouvel arrêt contre l’Etat béninois ordonnant l’annulation de la récente révision constitutionnelle, mais celui-ci n’a pas été appliqué.
Début janvier, la Cour constitutionnelle du Bénin s’est déclarée incompétente pour juger un recours déposé contre le système des parrainages, laissant le pays dans le statu quo. Pour tenter de peser face au président Talon dans ce scrutin, une partie de l’opposition a créé mi-janvier une grande coalition dénommée “Front pour la restauration de la démocratie”. Elle est menée par l’universitaire Joël Aïvo, entré en politique.

Les premières doses de vaccins contre le Covid-19 via le mécanisme Covax

Le 10 mars 2021, un an après le début de la pandémie au Bénin, l’initiative Covax a expédié 144,000 doses du vaccin AstraZeneca/Oxford, sous licence par l’Institut Serum en Inde, à Cotonou le 10 mars 2021. Cette livraison constitue le premier lot reçu par le Bénin grâce à la facilité Covax qui vise à soutenir les efforts du gouvernement et assurer un accès juste et équitable à la vaccination Covid-19. Au total, 792,000 doses de vaccins devraient être livrées au Bénin à travers l’initiative Covax jusqu’à mai 2021. Les 144,000 doses initiales de vaccins ont été réceptionnées à l’Aéroport international Cardinal Bernadin Gantin par le Ministre de la Santé Benjamin Hounkpatin et les membres de l’initiative Covax, à savoir la Représentante de l’Unicef et le Représentant de l’Oms, accompagné du Coordonnateur Résident du Système des Nations Unies au Bénin. Les vaccins transportés au Bénin avec l’appui de l’Unicef proviennent de l’Inde. Ce premier lot de vaccins sera administré à 70,000 agents de santé de première ligne et aux plus vulnérables, tels que les personnes âgées de plus de 60 ans et les personnes présentant des comorbidités. Au total, il est attendu que 20% de la population bénéficie des vaccins Covax. Une cargaison de 145,000 seringues et 1450 boîtes de sécurité, issue d’un stock financé par Gavi provenant du centre d’approvisionnement régional de l’Unicef à Dubaï, avait été réceptionnée le 7 mars 2021.

Le « ticket » formé par Patrice Talon et Mariam Chabi Talata, sa colistière, a obtenu 86,37 % des suffrages exprimés

Concerts de klaxons, fanfare et marée de petits drapeaux bleus… Juché sur le marchepied de son 4×4 rutilant, Patrice Talon, veste bleue et chemise blanche, salue la foule en liesse. En cette soirée du mardi 13 avril, il est l’un des rares, avec ses gardes du corps, à porter un masque. « Guidjo ! Guidjo ! Guidjo ! », scandent les partisans du président sortant, dont la réélection dès le premier tour a été annoncée quelques instants plus tôt. Selon les chiffres rendus publics par la commission électorale, le « ticket » formé par Patrice Talon et Mariam Chabi Talata, sa colistière, a obtenu 86,37 % des suffrages exprimés. Le duo Alassane Soumanou-Paul Hounkpè (Forces cauris pour un Bénin émergent, Fcbe) est crédité de 11,29 % des voix, et 2,25 % des électeurs ont fait confiance à Corentin Kohoué et Irénée Agossa (Indépendants). La participation s’établit à 50,17 %, un taux très inférieur à celui observé lors de la précédente présidentielle : en 2016, il avait été de 64,03 % au premier tour et de 66,13 % au second.Alors qu’une plateforme des organisations de la société civile, qui avait déployé près de 1 500 observateurs dans les bureaux de vote, évoquait une participation de 26,47 %, Emmanuel Tiando, le président de la Céna, a affirmé ignorer « les bases de calcul de ce taux », jugeant « souhaitable que les chiffres dont nous disposons soient confrontés à ceux de la plateforme pour lever toute équivoque pouvant semer le doute dans les esprits ».

Coup K.O.

Si près d’un électeur sur deux ne s’est pas déplacé pour glisser son bulletin dans l’urne, dimanche 11 avril 2021, 156 547 d’entre eux n’ont tout simplement pas pu avoir accès aux bureaux de vote. Les opérations électorales ont en effet été impossibles dans 13 arrondissements – sur les 546 que compte le pays – ,dans les Communes touchées par les violents affrontements qui ont opposé des manifestants aux forces de l’ordre, dans la dernière ligne droite de la campagne, et qui se sont soldés par au moins deux morts. Au contraire, Joël Aïvo, dont la candidature a été rejetée par la Céna, évoque pour sa part des « chiffres préfabriqués » : « Tout était faux depuis le début. Le recrutement des candidats, la campagne électorale et maintenant la simulation des émotions et l’explosion de joie », estime-t-il dans un message posté mercredi 13 avril sur les réseaux sociaux. Corentin Kohoué, crédité de moins de 3%, se montre moins offensif, mais juge les chiffres de la Céna « surprenants ». L’opposant a cependant attribué son faible score aux divisions au sein de l’opposition. « Nous nous sommes retrouvés pris dans un étau entre deux raideurs politiques : d’un côté celle des lois mises en place par le régime dit de la Rupture (le pouvoir de Patrice Talon, Ndlr), et de l’autre celle de nos camarades démocrates qui n’ont pas voulu nous comprendre et nous suivre », a-t-il déclaré devant les journalistes, mercredi matin. « Coup K.O. » ou chaos électoral ? C’est, en substance, les deux visions antagonistes que proposent les deux pôles du spectre politique béninois, à la veille du premier tour de la présidentielle du 11 avril. Les partisans du président sortant, candidat à un second mandat, espèrent que l’élection sera « pliée » dès dimanche soir, et que le ticket Patrice Talon-Mariam Chabi Talata l’emportera largement face aux concurrents Alassane Soumanou-Paul Hounkpè et Corentin Kohoué-Irénée Agossa. La frange radicale de l’opposition, dont une large partie des leaders vit à l’extérieur du pays, continue en revanche d’assurer que le scrutin ne se tiendra pas dans de bonnes conditions.

Savè, épicentre des violences

Contradictoires également, les analyses des violences qui ont éclaté à Savè, jeudi 8 avril, entre manifestants et forces de l’ordre. Dès mardi, cette ville réputée acquise à l’ancien président Yayi Boni a été le théâtre de manifestations, au lendemain de l’appel lancé par les opposants à investir les rues pour réclamer le départ de Patrice Talon et la libération de Reckya Madougou, candidate du parti “Les démocrates” recalée par la Commission électorale nationale autonome (Céna), placée en détention préventive pour des faits présumé de « financement du terrorisme ». Tandis qu’à Parakou, les manifestants ont incendié les locaux de radio Urban Fm, propriété de Charles Toko, l’ancien maire de la grande ville du nord réputé proche du président, des heurts ont également éclaté à Tchaourou, toujours dans le fief du prédécesseur de Patrice Talon. À Savè, situé dans le même département des Collines, des manifestants ont installé un barrage à l’aide de troncs d’arbres, bloquant la circulation sur l’axe central. Les maisons de deux personnalités proches de la mouvance présidentielle ont été incendiées, et le péage situé sur la route principale a été saccagé. Le matin du 8 avril, des militaires dépêchés sur place depuis Parakou ont pris position. Et le face à face a rapidement tourné à l’affrontement. « Pendant deux jours, le gouvernement a pris de la hauteur, et a considéré que, bien qu’illégales, ces manifestations n’étaient que des mouvements d’humeur », a martelé Alain Orounla, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement devant la presse. Une « tolérance » qui a été « perçue comme une faiblesse », juge le ministre, qui assume : le gouvernement a « pris ses responsabilités ». Depuis le début de la semaine, les forces de l’ordre ont d’ailleurs procédé à de nombreuses interpellations. Parmi les personnalités arrêtées, Alexandre Hountondji, ancien ministre de Boni Yayi, ou encore Elie Djènontin, fils de Valentin Djènontin, ancien ministre de Yayi lui-aussi, qui vit actuellement en France et est sous le coup d’une condamnation à deux ans de prison pour « vol et diffusion de documents administratifs » depuis 2019.

« Bonne résilience »

« Avec la réalisation des grandes infrastructures dans le pays, l’économie est l’un des thèmes majeurs de la campagne électorale », observe un expert en science politique. Le gouvernement du président Patrice Talon se félicite pourtant d’avoir sorti le Bénin de la liste des pays pauvres. En 2019, le pays est officiellement entré dans la catégorie des « pays à revenu intermédiaire » avec un revenu par habitant qui passe de 870 à 1 250 dollars. « Depuis 2018, nous avons une croissance économique sensible qui est passée de + 5,7 % à + 6,7 % en 2019 », souligne un économiste manifestement « satisfait de la bonne résilience » de son pays face aux deux principaux chocs exogènes de 2019-2020 : la crise sanitaire et la fermeture des frontières nigérianes, annoncées comme « dévastatrices pour l’économie béninoise ». Malgré ces chocs, le pays a affiché une croissance positive à 2,3 % en 2020, selon le Rapport semestriel d’exécution de la surveillance multilatérale de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), publié en décembre dernier, qui annonce un taux de croissance de 6 % pour 2021. De même, le climat des affaires s’est nettement amélioré selon l’enquête Doing Business 2020 qui fait progresser le pays de 4 places (149e sur 190 au lieu de 153e en 2019). Après avoir tutoyé, fin 2020, les 3 %, seuil maximal selon les critères de convergence de l’Uemoa, l’inflation au Bénin devrait se situer à 1,8 % en 2021, promet le gouvernement.

Critiques sur le front social

Mais, pour Noelia Atindégla, économiste proche du parti “Les démocrates” – dont la candidate Reckya Madougou a été recalée par la Commission électorale nationale indépendante est actuellement incarcérée pour des faits de « financement du terrorisme présumé » –, ces chiffres sont à prendre avec précaution. « Le président Talon, pendant cinq ans, s’est affiché comme un ultra-libéral, profondément hostile aux mesures sociales. » L’économiste trouve « curieux » le fait que « la part sociale du budget de l’État [soit] passée subitement à 47 % en 2021 alors qu’elle n’était, en moyenne, de 27 % entre 2016 et 2019 ». Et de conclure : « Quinze jours de campagne ne suffiront pas à Talon pour convaincre les Béninois qu’il est capable de conduire une politique sociale. » Si le thème de la « restauration de la démocratie » occupe l’essentiel des critiques portées par les opposants au président sortant, le bilan social du quinquennat de Patrice Talon figure aussi en bonne place dans les arguments de campagne de ses deux rivaux à la présidentielle. La dynamique « Restaurer la confiance » du duo formé par Corentin Kohoué et Irénée Agossa – tous deux dissidents du parti Les Démocrates – dénonce ainsi les « dégâts sociaux du quinquennat finissant » et promet aux électeurs « d’arrêter la saignée des licenciements abusifs et du chômage galopant dans le pays ».

Débat sur l’Idh

Face à ces critiques sur son bilan social, le camp du président Talon ne s’avoue pas vaincu. « Notre Indice de développement humain s’est amélioré à 0,545. En 2019, nous sommes passés 1er dans l’Uemoa, 4ème en Afrique de l’Ouest et avons gagné cinq places, en passant de la 35e à la 30e place au plan africain », rappelle Ulrich Sossou, de l’Union progressiste (Up, soutenant la candidature de Patrice Talon). Une évolution qui, selon Abdoulaye Bio Tchané, ministre d’État en charge du développement, « traduit les résultats spectaculaires qui ont été enregistrés depuis 2016 ». « Entre 2015 et 2019, nous avons donné de l’eau potable à plus de 10 % de notre population. C’est pareil pour l’électricité ; nous avons porté l’enveloppe liée aux cantines scolaires, en 2016, d’un milliard de francs Cfa à douze milliards ; ce qui fait que plus de 51 % des enfants à l’école primaire ont accès à un repas chaud par jour », justifie notamment le ministre, assurant que « les résultats obtenus au niveau de l’Idh ne sont pas accidentels. » Une progression de l’Idh que relativise cependant Noelia Atindégla, qui juge que « le Bénin reste à un niveau faible, voire en deçà de la moyenne en Afrique : si l’on tient compte de l’Idh du Pnud corrigé des inégalités, le Bénin est un de ceux qui consacrent le moins de ressources à l’éducation, soit 4,2 % de son PIB, et affiche un des taux d’alphabétisation les plus faibles de l’Uemoa, soit 32,9 % de la population.

« Le risque d’être impopulaire »

Emblématique de l’engagement social, le projet Assurance pour le renforcement du capital humain (Arch) est entré dans sa phase de généralisation depuis le 19 janvier 2021, permettant à 180 000 nouvelles personnes de bénéficier dans 21 communes de l’assurance maladie gratuite de l’État pour une durée de trois ans. « Cela concerne 22 affections et actes médicaux. Ce qui représente à peu près 70 % des infections les plus courantes », explique Véronique Tognifodé, ministre chargée des affaires sociales. Également à l’actif du gouvernement, le déblocage de 15 milliards de francs Cfa en octobre dernier pour éponger des arriérés d’avancement des travailleurs. « Une bonne nouvelle », selon les partisans du pouvoir qui n’est pas du goût de tous les travailleurs. Le président Patrice Talon, en reconnaissant ouvertement qu’il a pris, au cours de son premier mandat, « le risque d’être impopulaire », est sans doute conscient du déficit de son bilan social. Reste maintenant à convaincre les Béninois que, pour les cinq prochaines années, il n’y aura plus de nouvelle traversée du désert.


Wilfrid Noubadan

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